Comprendre les lésions : où attaquent-elles dans la SEP ?

Lorsque l’on apprend que l’on vit avec une sclérose en plaques (SEP), une question revient inlassablement, tant chez les patients que les proches : « Mais où, exactement, les lésions apparaissent-elles dans le cerveau et la moelle épinière ? » Savoir ce qui se passe “dedans”, c’est parfois reprendre un peu de contrôle sur ce qui semble nous échapper. Comprendre la localisation des lésions, c’est aussi mieux anticiper leurs conséquences, dialoguer plus précisément avec les professionnels de santé, et parfois, retrouver des clés pour agir au quotidien.

Le but de cet article n’est pas de vous noyer sous les termes techniques, mais de vous donner des repères concrets sur les zones les plus régulièrement concernées par les lésions de la SEP, et l’impact que cela peut avoir sur la vie de chacun. Nous avons croisé nos regards : celui du médecin, celui du patient, celui de l’infirmière – pour que ce parcours à l’intérieur du cerveau et de la moelle ressemble autant que possible à ce que chacun peut rencontrer dans la vraie vie.


Les bases anatomiques : petite cartographie du cerveau et de la moelle

Il n’y a pas une, mais bien plusieurs parties du système nerveux central qui peuvent être touchées par la SEP. Pour mieux comprendre, voici une brève cartographie des ‘zones à risques’ :

  • Les lobes du cerveau – frontal, pariétal, temporal, occipital : chacun a ses fonctions, entre la motricité, les sensations, la parole, la vision…
  • Le tronc cérébral – relie le cerveau à la moelle épinière, gère des fonctions “essentielles“ (respiration, éveil, équilibre, etc.).
  • Cervelet – contrôle la coordination des mouvements.
  • Moelle épinière – “autoroute” qui permet la communication entre cerveau et reste du corps.

Les lésions, appelées “plaques”, se forment préférentiellement dans la “substance blanche” (réseau de fibres servant à transmettre l’influx nerveux) mais peuvent aussi toucher la “substance grise” (zone des corps cellulaires des neurones).


Les zones du cerveau les plus touchées : une préférence pour la substance blanche

Si l’on devait désigner les zones du cerveau les plus fréquemment lesées chez les personnes atteintes de SEP, on utiliserait le terme de « localisations électives » ou « zones de prédilection ». D’après les grandes études d’imagerie et les analyses neuropathologiques (source : MS Society UK, UpToDate, Journal Brain, 2012), on observe :

  • Périventriculaire : autour des ventricules cérébraux (cavités remplies de liquide céphalo-rachidien). Plus de 80% des patients présentent au moins une lésion dans cette région au moment du diagnostic.
  • Infratentorielle : concerne le tronc cérébral et le cervelet. On estime que 50 à 60% des patients développeront des plaques dans ces structures au cours de la maladie.
  • Juxtacorticale : à la jonction entre substance blanche et grise, juste sous le “cortex” (enveloppe extérieure du cerveau). Ces lésions expliquent de nombreux symptômes cognitifs ou visuels.
  • Cortex cérébral : découvert plus récemment, on sait désormais que la substance grise du cortex est aussi touchée, ce qui contribue aux troubles cognitifs (source : Anatomy of MS lesions, Nature Reviews Neurology, 2019).

Un chiffre parlant : selon une étude de 2014 (Radiology, 2014), 90 % des patients présentent des lésions périventriculaires visibles à l’IRM après 10 ans de maladie.

Tableau récapitulatif des localisations et de leurs conséquences possibles

Zone touchée Conséquence fréquente Symptômes associés
Périventriculaire Communication entre différentes régions du cerveau perturbée Troubles cognitifs modérés, fatigue, troubles visuels
Tronc cérébral Fonctions vitales et motrices Vertiges, troubles de la déglutition, troubles oculaires, paralysie faciale
Cervelet Coordination des mouvements Ataxie, troubles de l’équilibre, tremblements
Juxtacorticale Connexion entre surface cérébrale et zones profondes Problèmes de concentration, troubles visuels, changements de l’humeur
Cortex Fonctions supérieures (raisonnement, mémoire…) Troubles cognitifs, fatigue mentale accrue

Pourquoi la moelle épinière est-elle elle aussi une “cible” fréquente ?

Il n’y a pas que le cerveau qui peut être concerné par les lésions dans la SEP. La moelle épinière – ce long cordon qui court à l’intérieur de la colonne vertébrale – est touchée chez 50 à 80% des patients (source : Neurology, 2017).

  • Localisations préférentielles : les lésions apparaissent plus fréquemment dans la moelle cervicale (haute, près du cou) et parfois dans la moelle thoracique (partie du dos).
  • Conséquence directe : les lésions de la moelle sont responsables de la grande majorité des troubles moteurs et sensitifs (troubles de la marche, fourmillements, engourdissements, pertes de force…).
  • Statistique marquante : plus de 20% des personnes présentant une poussée de SEP voient apparaître une lésion de la moelle épinière lors de l’épisode (source : Multiple Sclerosis Journal, 2020).

Comme l’explique Claire, une atteinte de la moelle cervicale pourra provoquer des troubles touchant aussi bien les bras que les jambes, alors qu’une lésion de la moelle lombaire sera responsable de symptômes “localisés” aux jambes ou au périnée.

Les particularités de l’atteinte de la moelle : l’expérience du quotidien

Julien partage souvent le même constat vécu par de nombreux patients : quand une lésion apparaît dans la moelle, les signaux envoyés vers le reste du corps sont aussitôt « brouillés », comme si la ligne téléphonique était soudain parasitée. Cela peut se traduire par un pied qui traîne, des difficultés pour boutonner sa chemise, ou encore une sensation d’électricité au moindre contact (le fameux « signe de Lhermitte », fréquent si la lésion est cervicale). Pour beaucoup, cette atteinte a aussi un retentissement émotionnel : elle « rend visible » la maladie, transforme la façon de marcher, et parfois la perception de soi.

Sophie ajoute : pour accompagner au mieux cette situation, il est essentiel d’apprendre à repérer et signaler précocement toute nouvelle gêne motrice ou sensitive. Cela permet au neurologue d’adapter le parcours de soins et d’ajuster au mieux l’accompagnement, parfois même de prévenir des complications futures.


Lésions “silencieuses” versus lésions visibles, une question de vigilance

Toutes les lésions ne sont pas “parlantes” tout de suite. Jusqu’à 30% des plaques mises en évidence à l’IRM ne correspondent pas (encore) à un symptôme ressenti (source : Brain Imaging and Behavior, 2017). C’est pourquoi il existe parfois un décalage entre ce que l’on voit sur les images et ce que l’on ressent dans son corps.

  • Lésions infra-cliniques : visibles uniquement à l’IRM, elles n’impliquent pas forcément un handicap immédiat, mais témoignent d’une activité inflammatoire silencieuse.
  • Lésions évolutives : certaines plaques, en grandissant ou en se multipliant, déclenchent ensuite des symptômes plus nets (troubles moteurs, visuels, cognitifs…).
  • Valeur de repérage : ces distinctions expliquent pourquoi une surveillance régulière par IRM est recommandée, même en dehors de toute « crise » ou poussée.

Il ne s’agit donc pas de “guetter l’accident”, mais bien de comprendre que dans la SEP, le cerveau et la moelle possèdent une certaine réserve : ils compensent, réorganisent des circuits. C’est ce que l’on appelle la plasticité cérébrale, précieuse dans la gestion de la maladie.


Lésions, symptômes et variabilité individuelle : aucun parcours n’est identique

Un fait essentiel : il est impossible de prédire, même avec une IRM très précise, comment tel ou tel patient évoluera. Certains cumulent des lésions sans symptomatologie lourde. D’autres, avec peu de plaques, vivent des difficultés majeures. Tout cela s’explique en partie par la “répartition” des lésions, leur taille, leur activité… et la capacité de chaque cerveau à se réadapter.

  • En moyenne, un patient SEP cumule entre 10 et 50 lésions visibles à l’IRM après dix ans d’évolution, selon le type de maladie (Forme récurrente-rémittente ou progressive) (source : MGEN, Fondation ARSEP).
  • Quelques chiffres : La présence de lésions dans le tronc cérébral multiplie par trois le risque de troubles moteurs sur la durée, tandis que des lésions du cortex sont plus étroitement liées au développement de troubles cognitifs et de fatigue chronique (Nature Neuroscience Reviews, 2019).
  • Distribution “asymétrique” : Certaines zones sont largement épargnées (aires auditives, certaines parties occipitales), ce qui explique pourquoi certains sens restent préservés même en cas de SEP ancienne.

Notre expérience à EduSEP nous enseigne qu’apprendre à lire son imagerie et dialoguer avec ses soignants sont deux atouts majeurs : ils aident à transformer l’inquiétude en connaissance, et la sidération en mouvement, même face à la variabilité constante de la maladie.


Accompagner la SEP : ce que l’on gagne à mieux connaître l’anatomie des lésions

  • Mieux anticiper les symptômes : comprendre le lien entre une localisation anatomique et un effet ressenti aide à préparer l’aménagement du quotidien, l’orientation vers la rééducation ciblée, et un suivi coordonné.
  • Renforcer l’autonomie : connaître les zones “à surveiller” à l’IRM, c’est aussi se donner la possibilité de poser des questions précises, de mieux comprendre les comptes-rendus, et de devenir acteur de son suivi.
  • Favoriser la prévention : certaines complications (troubles urinaires, chutes, troubles cognitifs) peuvent parfois être mieux prévenues quand on comprend d’où elles viennent et comment elles sont liées à telle ou telle zone.

Les avancées de l’imagerie et de la recherche permettent aujourd’hui de cartographier toujours plus précisément les “itinéraires” de la SEP à travers le cerveau et la moelle. Ce savoir partagé est aussi une chance : celle d’inventer de nouvelles stratégies, de garder le cap face aux incertitudes, et d’avancer toujours ensemble.


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