Un soupçon devenu piste : pourquoi parle-t-on du virus Epstein-Barr dans la SEP ?

Parler de la sclérose en plaques (SEP) amène très vite à évoquer les causes, la fameuse question : « Pourquoi moi ? » C’est une interrogation universelle, source de recherches constantes pour la science… et d’espoirs pour les patients. Depuis quelques années, le virus d’Epstein-Barr (VEB) s’impose comme l’un des suspects les plus sérieux dans l’apparition de la SEP. Cette découverte, loin d’être anecdotique, change notre regard sur la maladie.

Un rappel : le VEB est un virus courant, responsable notamment de la mononucléose infectieuse. Environ 95 % des adultes ont été infectés à un moment de leur vie (source : Inserm, CDC). Pourtant, seule une infime minorité développe une SEP. Pourquoi ? Que sait-on vraiment du lien entre ce virus et la maladie ? C’est ce que nous allons éclairer, avec rigueur… et humanité.


Qu’est-ce que le virus Epstein-Barr ?

Le VEB appartient à la famille des virus Herpès. Il reste généralement dormant après l’infection initiale, qui se produit souvent dans l’enfance ou l’adolescence et passe parfois inaperçue.

  • Maladies associées : Mononucléose, certains lymphomes, et — c’est notre sujet — possiblement SEP.
  • Mode de transmission : Contact étroit, généralement salive (d’où le surnom de "maladie du baiser").
  • Immunité : Après infection, le virus persiste à l’état latent dans l’organisme, principalement dans les lymphocytes B (un type de globule blanc impliqué dans l’immunité).

Le lien entre VEB et SEP : que disent les recherches ?

Claire (notre neurologue) : « L’intuition d’un rôle du VEB n’est pas nouvelle. Ce qui change depuis 2022, c’est la force des preuves scientifiques. »

Des chiffres solidement établis

  • Une étude phare : En 2022, une gigantesque étude américaine menée sur plus de 10 millions de militaires aux États-Unis (Bjornevik K, Luna G, et al., Science, 2022) : les personnes ayant contracté le VEB présentaient un risque de développer une SEP 32 fois supérieur à celles non-infectées.
  • 99,5 % des patients SEP ont des anticorps anti-VEB, contre environ 94 % dans la population générale (source : Multiple Sclerosis Journal, 2022).
  • Délai moyen entre l’infection au VEB et l’apparition des premiers signes de SEP : en moyenne 5 à 10 ans.

Sophie (infirmière) : « La force du lien impressionne, mais ce n’est pas parce que presque tout le monde a le VEB que tout le monde aura une SEP, heureusement. »

Comprendre le mécanisme : hypothèses et certitudes

Le principal scénario avancé repose sur l’idée de mimétisme moléculaire. En clair : après infection, le système immunitaire, en luttant contre le VEB, fabriquerait des anticorps ou des lymphocytes qui, par erreur, pourraient aussi attaquer la gaine de myéline (l’enveloppe protectrice des nerfs) — un processus-clé de la SEP.

  • Les lymphocytes B infectés servent de « réservoir » au virus et pourraient dérégler le système immunitaire.
  • D’autres infections virales ou facteurs environnementaux (tabac, carence en vitamine D, pollution, etc.) pourraient agir comme co-facteurs.

Julien (patient) : « J’ai appris que j’avais la SEP des années après une mononucléose carabinée… Sur le coup, personne ne s’en inquiétait. Aujourd’hui, savoir que cela pourrait compter change mon rapport à la maladie, même si ça ne m’explique pas tout. »


Seul le VEB peut-il expliquer la SEP ? Non, mais il compte beaucoup

Il faut insister : le VEB n’est pas le seul facteur de risque. Tout le monde ne développera pas de sclérose en plaques après une mononucléose. Il existe un faisceau de risques qui interagissent :

  • Génétique : certains gènes augmentent le risque – notamment le fameux HLA-DRB1*15:01 (source : ANSM, 2022), mais il n’explique pas tout.
  • Environnemental : un faible taux de vitamine D, une naissance loin de l’équateur, le tabagisme.
  • Autres infections : certains virus pourraient aussi contribuer, sans être aussi fortement impliqués que VEB.

Le VEB apparaît aujourd’hui comme un « déclencheur majeur », mais il faut une prédisposition favorable et, sans doute, d’autres « coups de pouce » du contexte de vie pour que la maladie démarre vraiment.


SEP, VEB et avenir des traitements : quelles perspectives ?

Claire : « Comprendre le rôle du VEB ouvre des pistes majeures pour la prévention et le traitement de la SEP. »

  1. Vaccin contre le VEB : C’est peut-être la plus grande promesse. Plusieurs candidats-vaccins sont actuellement en développement. Objectif : prévenir l’infection, et donc probablement diminuer le nombre de cas de SEP à long terme — c’est la première fois qu’on envisage la SEP sous l’angle de la prévention virale ! (source : Nature Reviews Neurology, 2023)
  2. Traitements ciblés sur les lymphocytes B : De nombreux traitements de fond actuels de la SEP (rituximab, ocrelizumab) ciblent ces cellules où le VEB se cache, avec une efficacité notable.
  3. Surveillance des malades : On explore la piste d’un dépistage régulier des marqueurs VEB chez les personnes à risque élevé de SEP, surtout les apparentés de malades.
Approche Avancement Perspectives
Vaccin VEB Phase précoce chez l’humain Espoir de prévention dans 5 à 10 ans
Antiviraux ciblant le VEB Recherche préclinique Encore trop tôt pour la pratique
Immunothérapies anti-lymphocytes B Déjà utilisées en SEP Optimisation possible avec le lien VEB

Vivre avec la SEP quand on connaît le rôle du VEB : paroles d’accompagnement

Julien : « Au début, le mot “virus” faisait peur. Mais comprendre que ce n’est pas une faute, pas une malchance isolée, ça aide à se réconcilier avec soi et à sortir de la culpabilité. »

Sophie : « Ce diagnostic ne doit pas changer la façon dont on protège sa santé au quotidien. Rester actif, surveiller sa vitamine D, demander conseil sur les vaccinations possibles, garder confiance dans le suivi médical — ce sont des points qui restent essentiels. Le risque zéro n’existe pas, mais on apprend à vivre avec les zones d’incertitude. »

Claire : « Certains patients nous demandent si avoir eu la mononucléose signifie qu’ils auront forcément la SEP. La réponse est non. Nous avançons vers une médecine plus individualisée, qui pourra un jour tenir compte de ces différents facteurs pour proposer une prévention sur mesure. »

  • Être informé permet de dissiper l’angoisse et de mieux dialoguer avec les soignants.
  • Ne pas rester isolé : échanger avec d’autres, s’appuyer sur les associations, c’est aussi avancer.
  • Le savoir, loin de plomber le moral, donne de nouveaux outils pour être acteur, et non simplement spectateur.

Ce que nous retenons pour la recherche et pour vous

Le virus Epstein-Barr, si commun et si discret, bouleverse nos certitudes sur la sclérose en plaques. Jamais le lien n’a été aussi solidement établi, même si tout n’est pas élucidé. Cela ne doit pas renforcer le fatalisme, mais amplifier l’espoir : de nouveaux traitements, un jour peut-être une vraie prévention, sont à portée de la recherche.

Comprendre, c’est pouvoir mieux agir. Voix experte et expériences de vie se complètent ici pour accompagner chaque pas, du questionnement initial aux gestes concrets d’aujourd’hui. Pour la SEP, la possible implication du VEB n’est pas une anecdote : c’est un changement de paradigme, porteur d’engagement et de progrès.

Ce sujet continue d’évoluer. Nous mettons à jour nos articles, au fil de la science et de vos besoins. N’hésitez pas à partager vos questions ou votre vécu. 

  • Pour aller plus loin :
    • Science – Bjornevik K., Luna G., et al., 2022 : « Longitudinal analysis reveals high prevalence of Epstein-Barr virus associated with multiple sclerosis »
    • Inserm : « Epstein-Barr virus et SEP : quelles preuves ?» (2023)
    • Nature Reviews Neurology : « EBV vaccination : hope for MS prevention ? », 2023

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