Poser la question autrement : pourquoi la SEP apparaît-elle chez certains, et pas chez d’autres ?

La sclérose en plaques (SEP) reste en grande partie un mystère médical. Pourquoi touche-t-elle une jeune femme en pleine santé, un homme sportif de 40 ans, ou un étudiant sans antécédent ? Notre vision, chez EduSEP, c’est de ne jamais perdre de vue ces visages différents derrière les chiffres. À travers chaque examen, chaque prise de sang, chaque question, il y a un espoir commun : comprendre ce qui déclenche la maladie pour mieux la prévenir, l’anticiper, et mieux la vivre.

Au fil des années, la recherche a mis en lumière plusieurs facteurs qui, combinés, peuvent favoriser l’apparition de la SEP. Aucun facteur unique ne suffit à déclencher la maladie. Mais l’assemblage de plusieurs éléments, présents chez un même individu, augmente le risque de passage à l’acte. Ce texte ambitionne de faire le tour de ces éléments déclencheurs, en alliant rigueur, vécu et astuces pratiques.


Des racines multiples : un enchevêtrement d’influences

On parle souvent de « cause » de la SEP, mais il serait plus juste de parler d’un ensemble de facteurs de risque ou de « déclencheurs ». La SEP naît de la rencontre de plusieurs influences, parfois silencieuses, parfois visibles.

  • La génétique : un terrain favorable mais jamais une fatalité
  • L’environnement et l’exposition : le lieu où l’on vit, la lumière que l’on reçoit
  • Le système immunitaire : une vigilance déréglée, parfois poussée à l’excès
  • L’impact des virus et infections : des déclencheurs possibles, sur fond d’immunité
  • Le mode de vie : tabac, alimentation, stress, activité physique

La génétique : un terrain, pas une sentence

Claire (neurologue) : La génétique n’explique pas tout dans la SEP, mais elle donne une « boîte à outils » de départ. Plus de 200 variations génétiques ont été identifiées, qui augmentent légèrement le risque de SEP. Néanmoins, la part héréditaire reste faible : le risque pour un enfant ayant un parent atteint de SEP est d’environ 3 à 5 %, contre 0.1 % dans la population générale (Source : Inserm, 2022). Les jumeaux identiques, qui partagent le même patrimoine génétique, présentent un risque maximal autour de 25-30 %. On est donc loin d’une « maladie génétique » pure.

Julien (patient expert) : Dans ma famille, personne n’a jamais souffert de SEP. C’est ce qui m’a le plus surpris. Cette maladie surprend, casse les « déterminismes ». J’ai compris qu’il s’agissait davantage d’une question de susceptibilité, de « prédisposition », plus que de destin.


L’environnement : latitude, lumière et vitamine D

Le risque de SEP n’est pas le même partout sur la planète. Plus on s’éloigne de l’équateur, plus il augmente. En France, par exemple, on observe davantage de SEP en Bretagne qu’en Méditerranée. Ce constat s’explique en partie par une exposition moindre au soleil, donc un taux plus bas de vitamine D, vitamine clé pour la régulation immunitaire (Source : ANSES, 2021).

En quelques chiffres :

  • On estime qu’environ 10 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année en France.
  • La prévalence est 2 à 3 fois plus élevée dans les pays d’Europe du Nord qu’en Europe du Sud (Source : Atlas de la SEP, MSIF, 2020).

Sophie (infirmière) : L’exposition au soleil et l’alimentation (poisson gras, œufs, lait enrichi) sont donc importantes. Mais on sait aussi que des facteurs comme la pollution ou des perturbateurs endocriniens pourraient jouer un rôle, étude après étude.


Le système immunitaire : une sur-réactivité qui dérape

La SEP appartient à la grande famille des maladies dites auto-immunes. Cela signifie que le système de défense habituellement « protecteur » se trompe de cible et attaque la myéline, l’enveloppe protectrice des nerfs. Cette réaction démesurée n’est pas due uniquement à la génétique ou à des infections, mais d’abord à une conjonction de facteurs.

Focus Les principales maladies auto-immunes associées à la SEP :
  • Thyroïdite de Hashimoto
  • Polyarthrite rhumatoïde
  • Lupus systémique
Les personnes atteintes de SEP ne développent pas nécessairement d’autres maladies auto-immunes, mais la co-occurence existe plus souvent que dans la population générale (Source : Revue Neurology, 2019).

Les virus et infections : des invités surprises dans le scénario

Depuis une décennie, le virus d’Epstein-Barr (EBV, responsable de la mononucléose) retient toute l’attention. Selon une gigantesque étude américaine publiée en 2022 (Bjornevik et al., Science), les personnes exposées au virus EBV auraient un risque 32 fois plus élevé de développer la SEP. D'autres virus (rougeole, cytomégalovirus, herpes virus humain 6) ont été suspectés, mais aucun lien aussi fort que pour l’EBV n’a été confirmé jusque-là.

Comment comprendre cela ? Le virus semble déclencher une « alerte » du système immunitaire, qui peut, chez des individus prédisposés, ne jamais s’arrêter.

  • 97 % des personnes atteintes de SEP ont rencontré l’EBV, contre 90 % de la population générale (données Science, 2022).
  • La contamination a souvent lieu dans l’enfance ou l’adolescence.

La COVID-19 n’a, à ce jour, pas montré d’association directe avec la SEP, mais le recul reste limité.


Mode de vie et habitudes : tabac, surpoids, stress…

L’étude des « déclencheurs » ne s’arrête pas à la biologie. Nos gestes du quotidien, choisis ou subis, jouent aussi un rôle. Certains facteurs sont réversibles, c’est ici que se niche l’autonomie de chacun.

  • Le tabac augmente le risque de développer une SEP de 50 % par rapport aux non-fumeurs, et aggrave l’évolution de la maladie (Source : OMS, 2019).
  • Surpoids à l’adolescence : Un IMC supérieur à 25 avant 20 ans augmente le risque de SEP de 40 % (Norwegian Registry Study, 2021).
  • Stress chronique : Les données sont controversées, mais un stress répété perturbe l’immunité et pourrait favoriser l’apparition de la SEP, ou déclencher des poussées (Revue Brain, 2018).
  • Alcool et alimentation : Leur rôle reste discuté, mais une alimentation très transformée, pauvre en fibres et en oméga-3, semble peu favorable à la prévention.

Sophie (infirmière) : On entend souvent que tout est de la faute du stress ou d’une vie « pas assez saine ». Ce n’est jamais aussi simple. Ce qui compte, c’est de connaître les facteurs pour agir là où on le peut, et se donner des marges de manœuvre sans culpabiliser.


Interactions : chacun son puzzle…

Tous ces facteurs se croisent et s’additionnent, sans jamais donner de recette. Une personne génétiquement prédisposée, ayant connu une infection à l’EBV, vivant dans le nord de l’Europe et fumant depuis 15 ans aura un risque majoré. Mais la SEP se déclare aussi chez des personnes sans aucun facteur de risque identifié.

Facteur Poids dans le risque Possibilité d’agir
Prédisposition génétique Moyenne à élevée Non (on ne choisit pas ses gènes)
Infection à EBV Élevé Non (quasi-universelle dans la population adulte)
Alimentation/vitamine D Moyenne Oui (exposition, supplémentation, alimentation)
Tabac Moyenne à élevée Oui (arrêt tabac)
Surpoids/obésité Faible à moyenne Oui (prévention, mode de vie)

L’importance du diagnostic précoce et des repères individuels

Claire (neurologue) : Même si l’on ne maîtrise pas tout, repérer les premiers signes de la SEP et agir sur les facteurs « modifiables » est un enjeu pour réduire l’intensité ou la fréquence des poussées. Aujourd’hui, le diagnostic repose sur un faisceau d’arguments cliniques, d’imagerie (IRM) et de biologie. Mais plus on connaît les facteurs de risque, plus on identifie tôt les symptômes, plus les chances de ralentir le processus sont réelles.

Julien (patient expert) : Comprendre les déclencheurs, ça n’aide peut-être pas à tout éviter, mais ça permet de mieux s’approprier la maladie. On n’est plus simplement « passif » face à quelque chose qui tombe du ciel, on fait partie d’une chaîne, on peut faire pencher la balance dans le bon sens par des petits pas.


Ouvrir la perspective : agir là où c’est possible, poursuivre la recherche partout ailleurs

Aujourd’hui, les causes profondes de la SEP ne sont pas élucidées à 100 %, et il n’existe aucune stratégie préventive infaillible. Mais l’accumulation des connaissances change la donne, et l’évolution de la prise en charge est palpable. S’informer sur les facteurs déclencheurs, c’est s’armer pour la vie avec la maladie, mais c’est aussi, collectivement, aider la science à avancer.

  • Suivre la recherche sur la vitamine D, l’EBV et les facteurs environnementaux
  • Alerter son entourage et ses soignants sur les zones de vulnérabilité
  • Rester acteur et curieux face aux nouveaux traitements et stratégies de prévention

L’histoire de la SEP n’est pas écrite à l’avance. Chaque pas vers la compréhension, individuel ou collectif, construit une vie plus autonome, plus sereine, et donne du sens au parcours de chacun.

Sources principales : - Atlas de la sclérose en plaques, MSIF, 2020 - Inserm, Dossier « SEP », 2022 - Bjornevik et al., Science, 2022 - OMS, Fact Sheet, 2019 - ANSES, Rapport Vitamine D, 2021 - Revue Neurology, 2019


En savoir plus à ce sujet :