Comprendre la SEP : une maladie aux racines immunitaires

S’il existe un point commun qui réunit tous les malades atteints de sclérose en plaques (SEP), c’est ce sentiment d’affronter une maladie insaisissable, où le corps semble entrer en conflit avec lui-même.

La SEP est une affection chronique du système nerveux central, où les cellules immunitaires, normalement chargées de nous défendre, attaquent la gaine de myéline des neurones. Cette “erreur de cible” entraîne des symptômes variables et évolutifs, du trouble visuel à la fatigue persistante, en passant par des difficultés motrices et cognitives. On estime qu’environ 120 000 personnes vivent avec la SEP en France (Source : OFSEP 2022), et qu’elle touche trois fois plus de femmes que d’hommes.

Mais pourquoi ce système si sophistiqué se dérègle-t-il ? Pour répondre à cette question, et mieux comprendre ce qui favorise la progression de la maladie, il nous faut plonger dans l’univers microscopique des cytokines et des auto-anticorps.


Immunité, inflammation, confusion : les bases à connaître

En SEP, le dysfonctionnement du système immunitaire est central. Deux acteurs majeurs se distinguent dans cette dynamique complexe : les cytokines et les auto-anticorps.

  • Cytokines : Petites protéines qui servent de messagers entre les cellules, orchestrant toutes les défenses et attaques de notre organisme.
  • Auto-anticorps : Anticorps produits par erreur contre nos propres constituants, ici la myéline des neurones ou d’autres molécules du cerveau.

Claire, notre neurologue : « Comprendre ces molécules, c’est saisir ce qui, dans l’ombre de la maladie, active ou calme l’inflammation, aiguise les poussées ou favorise la progression silencieuse de la SEP. »


Que sont les cytokines ? Ces régulateurs de l’inflammation dans la SEP

Leur rôle de chefs d’orchestre immunitaires

Les cytokines jouent un peu comme des chefs d’orchestre : elles activent, régulent ou calment les différentes “familles” du système immunitaire. Parmi elles, certaines encouragent le feu de l’inflammation (cytokines pro-inflammatoires), tandis que d’autres la contiennent (cytokines anti-inflammatoires).

  • Les pro-inflammatoires (ex : interleukine-1β, interleukine-6, TNF-α) favorisent l’activation des cellules immunitaires et l’intensification de l’inflammation.
  • Les anti-inflammatoires (ex : interleukine-10, TGF-β) freinent la réponse immunitaire, pour limiter les dégâts sur les tissus sains.

Dans la SEP, un déséquilibre se crée avec une dominance des cytokines pro-inflammatoires.

Cytokines et SEP : chiffres et marqueurs

  • Chez les personnes avec SEP, on retrouve des taux augmentés d’IL-17, d’IL-2 et de TNF-α dans le liquide céphalo-rachidien pendant les poussées (Source : Hemmer B et al., Lancet Neurology, 2015).
  • D’autres, comme l’interleukine-10, sont souvent trop basses ou inefficaces pour compenser l’emballement des réponses immunitaires.

Julien, notre patient : « À chaque poussée, je me demandais ce qui se passait dans mon corps. Quand on apprend ce rôle des cytokines, on met enfin un nom sur ce qui devient invisible mais si agressif. »


Auto-anticorps : quand nos défenses oublient la frontière du “soi”

Les anticorps sont censés nous défendre contre les infections. Mais lorsqu’ils se trompent de cible, ils deviennent des “auto-anticorps”. La SEP se caractérise par la présence, chez certains patients, d’auto-anticorps dirigés contre plusieurs composants du système nerveux.

  • Les auto-anticorps anti-myéline (MBP, MOG, MAG…) sont associés à une plus grande activité inflammatoire, et peuvent être trouvés dans le sérum ou le liquide rachidien.
  • Le profil d’auto-anticorps varie d’un patient à l’autre, ce qui explique en partie la diversité des symptômes et des formes de SEP.

Une donnée frappante : plus de 95 % des personnes avec SEP présentent des bandes oligoclonales dans le liquide céphalo-rachidien (viellez à lire, ce ne sont pas tous des auto-anticorps, mais cela témoigne d’une production anormale d’anticorps dans le système nerveux central – Source : Compston & Coles, Lancet, 2008).

Sophie, l’infirmière : « On explique souvent aux patients que les tests du liquide rachidien servent à mettre en évidence cette activité anormale. Ce n’est jamais simple à entendre : il ne s’agit pas de malchance, mais d’un emmêlement dans les signaux de défense du corps. »


Interactions cytokines–auto-anticorps : un cercle vicieux dans la progression

L’accumulation d’auto-anticorps et la production excessive de cytokines pro-inflammatoires ne s’observent pas de façon isolée. C’est leur interaction qui crée un cercle vicieux :

  • Les cytokines pro-inflammatoires stimulent la production d’auto-anticorps.
  • Ces auto-anticorps entretiennent ou aggravent l’inflammation, provoquant de nouveaux dommages à la myéline.
  • Cette inflammation chronique rend la récupération nerveuse difficile, accélérant la progression du handicap.

Certains chercheurs ont montré que la persistance de taux élevés d’IL-6 et de TNF-α augmente le risque de passage vers une forme progressive de la SEP (source : Kaskow BJ & Baecher-Allan C, Cytokine, 2018).


Quelles pistes pour mieux vivre avec ce déséquilibre ?

Les traitements ciblant les cytokines ou les auto-anticorps

La recherche thérapeutique avance sur deux fronts :

  1. Moduler l’action des cytokines : certains traitements, comme les anticorps monoclonaux (ex : natalizumab, ocrelizumab), visent à bloquer l’activité de certaines cytokines clés, réduisant ainsi l’inflammation.
  2. Limiter la production d’auto-anticorps : d’autres traitements cherchent à désactiver les cellules qui produisent ces auto-anticorps, ou à modifier leur action.

Un défi reste la grande variabilité des réponses d’une personne à l’autre : il n’existe pas une seule SEP, mais de multiples profils immunologiques.

Le futur : vers une médecine personnalisée et prédictive

Nous avançons vers des approches où l’analyse des cytokines et des auto-anticorps au cas par cas (profils immunologiques dits “biomarqueurs”) permettrait de mieux anticiper la progression de la maladie et de choisir le traitement le plus adapté. Certaines études utilisent déjà le dosage de cytokines pour guider le passage d’un traitement à l’autre, ou évaluer le risque de rechute.

Des tests plus diffus – comme le dosage de certains auto-anticorps (anti-MOG par exemple) – aident aussi à différencier la SEP d’autres maladies proches, ouvrant la voie à des diagnostics plus précis.

Exemples de biomarqueurs immunologiques étudiés en SEP Signe de Utilisation potentielle
Taux de TNF-α/IL-6 Inflammation active Évaluer la nécessité d’un changement de traitement
Bande oligoclonale dans le LCR Production anormale d’anticorps Confirmer le diagnostic de SEP
Auto-anticorps anti-MOG / anti-MBP Maladie démyélinisante spécifique Distinguer SEP d’autres maladies proches

Vivre avec la SEP : comprendre pour reprendre du pouvoir

Ce que nous disent les données scientifiques, comme les retours de terrain, c’est que la progression de la SEP n’est pas une fatalité : c’est un processus dynamique, influencé par des déséquilibres immunitaires — mais surtout, ouvert à l’action.

Comprendre le rôle des cytokines et des auto-anticorps, cela ne se limite pas à une question de laboratoire. C’est trouver du sens — quand le corps s’emballe, quand les poussées s’enchaînent, quand la maladie évolue sans bruit. C’est aussi se donner des outils pour discuter avec les soignants, faire des choix thérapeutiques en conscience, et s’autoriser à se projeter vers les progrès de demain.

  • Des avancées majeures sont attendues, avec près de 200 essais cliniques en cours dans le monde ciblant le système immunitaire dans la SEP (Source : ClinicalTrials.gov, 2024).
  • La majorité des patients suivis sur dix ans bénéficient d’une stabilisation ou d’une réduction de la fréquence des poussées grâce à cette meilleure compréhension des mécanismes immunologiques (Source : OFSEP).

Vivre avec la SEP, c’est ainsi avancer avec un bagage de connaissance qui rend moins seule, moins vulnérable — mais surtout, plus acteur de son parcours. En tant que collectif EduSEP, notre engagement reste de vous accompagner dans ce chemin, avec clarté, science et humanité.


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