Différencier les formes de sclérose en plaques : pourquoi c’est essentiel

La SEP n’est pas une maladie figée. Elle se manifeste différemment selon les personnes et évolue au fil des années. On parle principalement de :

  • SEP récurrente-rémittente (SEP-RR) : la plus fréquente (environ 85% des cas au début de la maladie). Elle alterne « poussées » (périodes de symptômes aigus) et phases de rémission.
  • SEP progressive primaire (SEP-PP) : évolue progressivement, sans poussées nettes (environ 10 à 15% des cas).
  • SEP progressive secondaire (SEP-PS) : survient après une phase rémittente, marquée par une aggravation progressive.

Les recommandations de traitement diffèrent selon la forme. Ce point de départ est fondamental pour orienter la prise en charge, et donc les parcours de chacun.


Objectifs de la prise en charge : arrêter la course ou accompagner le chemin ?

Disons-le simplement : il n’existe pas encore de traitement capable de guérir la SEP. Mais il existe de nombreuses stratégies pour freiner la progression, réduire la fréquence et la sévérité des poussées, limiter les séquelles, et améliorer la qualité de vie.

Trois piliers structurent la prise en charge :

  1. Moduler l’activité du système immunitaire (traitements de fond, ou DMTs)
  2. Gérer les poussées (traitement symptomatique court terme)
  3. Accompagner le quotidien (rééducation, soutien psychologique, adaptation sociale...)

Détail des traitements selon les formes de SEP

1. SEP récurrente-rémittente : l’arsenal des traitements de fond

Ici, l’enjeu est de diminuer la fréquence des poussées et de ralentir l’évolution de la maladie.

  • Interférons bêta (1a, 1b) : premiers médicaments validés, administrés en injection sous-cutanée ou intramusculaire. Diminution des poussées de 30% environ selon l’INSERM (source).
  • Acétate de glatiramère : aussi efficace sur la fréquence des poussées, souvent mieux toléré à long terme.
  • Nouvelles molécules orales (diméthylfumarate, tériflunomide, fingolimod entre autres) : prise par voie orale, efficacité accrue, surveillance spécifique (bilan hépatique, vigilance infections, etc.).
  • Thérapies à haute efficacité : natalizumab, ocrelizumab, alemtuzumab ou cladribine. Réservées aux formes actives, avec suivi renforcé (risques d’effets secondaires sévères).

En France en 2023, plus de 60% des personnes atteintes de SEP rémittente étaient traitées par l’une de ces molécules (SFSEP), contre moins de 30% il y a 15 ans – un progrès considérable, qui a réduit le taux d’invalidité des jeunes adultes atteints.

2. SEP progressive : une révolution récente

C’est là que l’on mesure les avancées majeures de la recherche :

  • SEP progressive primaire : l’ocrelizumab est le premier immunomodulateur ayant démontré un effet positif sur le ralentissement du handicap (HAS), même si l’attente reste immense.
  • Chez une minorité, certains traitements utilisés dans la forme rémittente peuvent être proposés « hors AMM » dans des contextes particuliers.
  • L’accent porte alors souvent davantage sur la rééducation fonctionnelle, l’accompagnement global, la prévention des complications.

La prise en charge commence donc par une évaluation détaillée, régulièrement renouvelée, pour adapter le traitement à l’évolution singulière de la maladie.


Que faire lors d’une poussée ? Les corticoïdes et leurs alternatives

Les poussées sont des épisodes de nouveaux symptômes, ou d’aggravation franche, durant plus de 24h. Il existe des critères précis pour les identifier.

  • Corticoïdes : la methylprednisolone (bolus IV pendant 3 à 5 jours) accélère la récupération, mais n’empêche pas la progression à long terme. Utilisée uniquement en cas de poussée, pas en traitement préventif.
  • Repos et prise en charge adaptée : parfois la meilleure option, notamment pour les poussées modérées.

Selon les dernières recommandations françaises (SFSEP, 2023), plus de 85% des poussées justifient une cure de corticoïdes, réduisant la durée de l’incapacité. Cela permet une reprise plus rapide des activités physiques et sociales.


Symptômes “de fond” : accompagner la complexité du quotidien

La SEP questionne souvent au-delà de la seule poussée ou du traitement immunomodulateur : fatigue extrême, douleurs, perturbations urinaires, spasticité, troubles cognitifs, anxiété...

Pour cela, la prise en charge s’appuie sur une équipe multidisciplinaire :

  • Kinésithérapie / rééducation motrice (pour préserver la mobilité, limiter la spasticité, diminuer le risque de chutes)
  • Orthophonie (troubles de la parole, de la déglutition, troubles cognitifs d’attention ou mémoire)
  • Ergothérapie (aménagement du domicile, aides techniques pour conserver l’autonomie)
  • Soutien psychologique (gestion du stress, anxiété, adaptation de l’environnement social et professionnel)
  • Médicaments symptomatiques : anti-spastiques, antalgiques, traitements urinaires, etc.

L’association de ces approches réduit les limitations au quotidien, tout en donnant au patient (et à ses proches) la possibilité de rester acteur de son parcours.


Vivre mieux avec la SEP : l’accompagnement social et médico-social

Parce que la maladie impacte le travail, la vie familiale, et l’estime de soi, il existe de nombreux dispositifs d’aide en France :

  • Aides à l’autonomie : allocation adulte handicapé (AAH), prestation de compensation du handicap (PCH), intervention d’un(e) auxiliaire de vie.
  • Réinsertion professionnelle : accompagnement par la MDPH, dispositifs d’adaptation professionnelle, réseaux spécialisés comme l’AGEFIPH.
  • Soutien associatif : France SEP, APF France Handicap, Ligue Française contre la SEP. Ces associations apportent écoute, orientation, conseils juridiques et soutiens pratiques.

En 2022, près de 40% des patients atteints de SEP ont bénéficié d’une forme de prise en charge médico-sociale, selon France Assos Santé. Les droits sont encore parfois méconnus : n’hésitez pas à vous rapprocher d’un professionnel ou d’une association spécialisée.


Adapter la prise en charge dans le temps : l’importance du suivi personnalisé

Aucune trajectoire de SEP ne ressemble à une autre. Il est capital de :

  • Faire le point sur vos attentes et vos objectifs avec l’équipe médicale.
  • Distinguer ce qui relève du traitement proprement dit, et ce qui concerne le bien-être quotidien.
  • Anticiper les transitions de vie importantes : maternité, changement d’activité professionnelle, entrée en retraite, vieillissement…

Un suivi régulier – au moins tous les 6 à 12 mois – est recommandé, même si la maladie semble stable. Cela permet d’adapter le traitement, de détecter les troubles associés (dépression, ostéoporose, infections…) et d’anticiper les besoins futurs.


Recherche & perspectives : des avancées tangibles… et à venir

Nous voulons finir ce tour d’horizon par une note d’espoir concrète. En 2024, on compte plus de 800 essais cliniques actifs dans le monde sur la SEP (source : ClinicalTrials.gov).

  • Biothérapies : thérapies cellulaires, anticorps toujours plus ciblés, modulation de la flore intestinale…
  • Médicaments de remyélinisation : plusieurs molécules testées pour aider à réparer la gaine des nerfs.
  • Intelligence artificielle et e-santé : outils pour anticiper les poussées, personnaliser les traitements.

Les recommandations évolueront au fil de ces avancées. Mais le cœur de la prise en charge restera, nous en sommes convaincus, cette alliance entre connaissances scientifiques, expérience du vécu, et accompagnement humain.


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