Pourquoi la forme de la sclérose en plaques a-t-elle tant d’importance ?

La sclérose en plaques (SEP) n’est pas une maladie unique. Elle se manifeste de façons diverses, avec des évolutions, des symptômes et des impacts très variables d’une personne à l’autre. Cette “maladie aux mille visages”, comme on l’appelle parfois, nécessite une approche résolument personnalisée – que ce soit pour son diagnostic, son suivi, ou pour l’organisation de la vie quotidienne.

Connaître la forme de SEP dont on est atteint n’a rien d’anecdotique : c’est un point clé pour adapter son traitement, anticiper les besoins d’accompagnement et apprendre à se projeter malgré la maladie. Cet article vous explique, sans jargon inutile, comment s’y retrouver.


Les quatre formes principales de la sclérose en plaques

L’évolution de la maladie permet de distinguer quatre grandes formes de SEP, reconnues internationalement (MS Society UK, HAS). Leur compréhension permet de mieux cerner son propre parcours et d’échanger plus concrètement avec ses soignants.

Forme de SEP Description Fréquence Points clés de reconnaissance
SEP récurrente-rémittente (SEP-RR) Alternance de poussées et de phases de rémission totale ou partielle 85% des cas au diagnostic Poussées nettes suivies d’amélioration ; intervalles de calme entre les poussées
SEP secondairement progressive (SEP-SP) Évolution progressive après une phase rémittente Environ 50% des SEP-RR évoluent vers cette forme au bout de 15-20 ans Moins de poussées, aggravation des symptômes sur la durée
SEP primaire progressive (SEP-PP) Aggravation continue des symptômes dès le début, sans réelle poussée 10 à 15% des cas dès le diagnostic Pas de poussées ; progression lente mais constante
SEP progressive avec poussées (SEP-PPR) Aggravation continue + poussées nettes Forme rare Progression continue pimentée d’épisodes aigus

Cas réel : “Reconnaître la forme de ma SEP a changé mon regard”

Julien (patient expert) : “Quand on m’a annoncé ma SEP, tout était flou. J’alternais entre des périodes où j’allais bien et d’autres où, brutalement, mes jambes ne répondaient plus. Comprendre que j’étais en forme rémittente, c’était à la fois rassurant (je pouvais récupérer !) et source d’inquiétude (quand surviendrait la prochaine poussée ?). Ce repère est devenu la base de mon dialogue avec les médecins et de ma capacité à expliquer ma maladie à mes proches.”


SEP récurrente-rémittente : la forme la plus fréquente

Claire (neurologue) : La grande majorité des personnes avec une SEP débutent par cette forme. Elle se caractérise par des épisodes de symptômes neurologiques aigus – qu’on appelle “poussées” – entrecoupés de périodes de récupération. Pendant ces intervalles, la maladie paraît silencieuse. C’est cette alternance qui est la signature de la forme rémittente-récurrente.

  • Qui est concerné ? Jeunes adultes, surtout entre 20 et 40 ans. Les femmes sont davantage touchées (3 femmes pour 1 homme, selon l’Inserm).
  • Quels sont les signes ? Apparition brutale de troubles moteurs, visuels, sensitifs, souvent unilatéraux.
  • Durée et récupération : Chaque poussée dure de quelques jours à quelques semaines. La récupération est parfois complète, parfois partielle.

Sophie (infirmière) : Ce rythme imprévisible crée de l’incertitude, mais aussi de l’espoir : de nombreux patients reprennent une vie très active entre deux poussées, surtout en début de maladie.


SEP secondairement progressive : quand la maladie change de rythme

Environ la moitié des patients avec une forme rémittente-récurrente voient leur SEP évoluer, après 10 à 20 ans, vers la forme dite “secondairement progressive”. Cela signifie que les poussées s’espacent, voire disparaissent, mais que les difficultés fonctionnelles (perte de force, troubles de la marche, fatigue) s’installent et progressent lentement.

  • Quand la reconnaître ? On parle de forme secondairement progressive quand la progression des symptômes devient indépendante des poussées.
  • Premier signal : Baisse de récupération après les poussées, stagnation puis aggravation.
  • Symptômes clés : Troubles moteurs, troubles de l'équilibre, moins de rémissions nettes.

Les spécialistes disposent aujourd’hui de nouveaux critères pour mieux diagnostiquer ce “switch”, car cela ouvre la porte à des traitements spécifiques.


SEP primaire progressive : une évolution sans “temps mort”

Cette forme – souvent méconnue – touche 10 à 15 % des personnes atteintes. La maladie se manifeste par une aggravation constante, le plus souvent sans véritable poussée et, donc, sans phases de récupération marquées.

  • Profil typique : Sujet un peu plus âgé (vers 40 ans), répartition homme/femme plus équilibrée que dans la SEP rémittente.
  • Début insidieux : La difficulté à marcher est souvent au premier plan, évoluant lentement.
  • Spécificité : Les troubles sensitifs (“engourdissements”, fourmillements) sont le plus souvent bilatéraux, et les troubles cognitifs peuvent apparaître précocement.

Julien : “Je me souviens avoir rencontré en centre de rééducation une femme qui, pendant cinq ans, avait cru à des problèmes de dos. C’est l’absence de poussée franche qui avait trompé les médecins. Seule une IRM attentive a permis de poser le diagnostic de forme primaire progressive.”


SEP progressive avec poussées : la forme “coup de tonnerre”

Plus rare, la “SEP progressive avec poussées” combine l’aggravation progressive d’une SEP primaire et la survenue, de temps à autre, de poussées nettes. Le diagnostic n’est pas toujours simple et nécessite un suivi rapproché.

  • Reconnaître cette forme : Progression constante, mais épisodes de survenue brutale de nouveaux symptômes.
  • Le piège : Cette forme peut évoluer vers une simple progression, ou devenir secondairement progressive si les poussées s’estompent.

Sophie : “C’est une forme qu’on identifie lentement : seuls le suivi attentif et l’écoute du patient permettent de ne pas passer à côté.”


Comment le neurologue fait-il la différence ?

La distinction ne repose pas sur un seul examen, mais sur une analyse croisée :

  • L’interrogatoire : Recherche d'antécédents de poussées, d’évolution des handicaps, de moments de récupération.
  • L’examen clinique : Observation fine des signes moteurs, sensitifs, visuels, cognitifs.
  • L’IRM cérébrale et médullaire : Elle permet de détecter des lésions actives (poussée) ou anciennes, d’évaluer la progression de l’atteinte.
  • Parfois, la ponction lombaire : Recherche d’anomalies du liquide céphalorachidien pour confirmer le diagnostic initial.

C’est souvent la régularité du suivi, la description précise des épisodes de vie, et la qualité de la relation soignant-patient qui permettent de repérer un changement de rythme dans l’évolution de la SEP.

À noter : Les critères ont évolué ces dernières années – par exemple, en 2014, la définition de la SEP secondairement progressive a été affinée (source : “Multiple Sclerosis Journal”, 2014).


Quels symptômes doivent alerter ?

  • Des troubles moteurs ou sensitifs nouveaux, d’apparition brutale (en quelques heures ou jours) : évoquent une poussée.
  • L’aggravation progressive, sans intervalle de récupération, d’une faiblesse, d’un trouble de la marche : fait suspecter une forme progressive.
  • La fluctuation, sur des mois voire des années, de l’intensité des symptômes : typique des formes rémittentes.
  • Des troubles cognitifs précoces (mémoire, attention) : plutôt associés aux formes progressives.

Claire : “Un bon repère : tout changement prolongé de l’état neurologique, sans retour à la normale au bout de quelques mois, doit conduire à consulter et à discuter de la forme de sa SEP avec son neurologue.”


Adapter son accompagnement à la forme de la SEP

Pour chaque forme, la prise en charge et le quotidien évoluent :

  • Forme rémittente : Les traitements visent à réduire le nombre de poussées et leur sévérité (interférons, anticorps monoclonaux, etc.). L’enjeu est aussi d’apprendre à gérer l’incertitude et les “bons moments”.
  • Formes progressives : Plus de place pour la rééducation, le maintien de l’autonomie, la prévention des complications. Certains médicaments récents (ocrélizumab, siponimod) ciblent désormais spécifiquement ces formes.

Sophie : “La pédagogie et l’écoute sont essentielles. Mieux on identifie la forme, mieux on adapte les aides (kinésithérapie, aides techniques, soutien psychologique). Cela apaise les craintes et redonne prise sur la maladie.”


Ressources et repères pour s’orienter

À retenir : chaque personne concernée par la sclérose en plaques a son propre parcours. Savoir reconnaître la forme de SEP, c’est gagner en autonomie, faciliter la prise de décision, et préparer plus sereinement l’avenir.

Notre collectif EduSEP reste à vos côtés pour éclairer ces différents chemins, vous aider à mieux comprendre, et – surtout – pour ne jamais oublier que derrière les “formes”, il y a des vies uniques, riches et pleines de possibles.


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