SEP : une maladie, plusieurs visages

La sclérose en plaques touche environ 120 000 personnes en France (source : INSERM) et chaque année, près de 4 000 nouveaux cas sont diagnostiqués (source : Fondation ARSEP). Pourtant, derrière ces chiffres, ce sont de multiples histoires de vie, marquées par des trajectoires différentes. Pourquoi ? Parce que la SEP peut évoluer selon différents « scénarios ». Ces scénarios, les neurologues les décrivent en distinguant plusieurs formes cliniques. Comprendre ces distinctions n’est pas qu’une affaire de médecine : c’est une façon d’éclairer son propre parcours, d’anticiper, de s’outiller face à l’incertitude, et de mieux se situer dans le suivi et les traitements proposés.


Les principales formes de SEP

On distingue classiquement trois grandes formes de SEP :

  • La SEP récurrente-rémittente (SEP-RR)
  • La SEP secondairement progressive (SEP-SP)
  • La SEP primaire progressive (SEP-PP)

Chacune présente ses particularités en termes de symptômes, d’évolution et de retentissement dans la vie quotidienne.

SEP récurrente-rémittente (SEP-RR) : la forme la plus fréquente

La SEP récurrente-rémittente concerne environ 85% des personnes au moment du diagnostic (source : Haute Autorité de Santé). Elle se caractérise par :

  • Des poussées : épisodes aigus, où apparaissent de nouveaux symptômes ou où des symptômes anciens s’aggravent (troubles de la vue, de la motricité, de la sensibilité, etc.).
  • Des rémissions : entre les poussées, les symptômes s’atténuent ou disparaissent partiellement ou totalement, et la maladie semble « faire une pause ».

La durée et la fréquence des poussées sont variables d’une personne à l’autre. Certaines vivent plusieurs poussées chaque année, d’autres une tous les 2 à 3 ans (ou moins)." C’est souvent à ce moment (dans les premiers temps de la maladie, au gré des poussées) que l’on peut se sentir déstabilisé : l’inconnu, l’imprévisibilité, et puis la surprise de se « sentir bien » entre deux épisodes. Ce va-et-vient entre maladie et mieux-être est l’une des spécificités majeures de cette forme. (Julien, patient partenaire) : « C’est déroutant. Parfois, la maladie disparaît de mon quotidien plusieurs mois. Et puis, sans prévenir, elle revient. C’est comme marcher sur des œufs. Mais ça permet aussi d’avoir des périodes ‘normales’. »

Heureusement, de nombreux traitements dits « modificateurs de la maladie » visent surtout cette forme, pour réduire le nombre et la sévérité des poussées et ralentir la progression à long terme.

SEP secondairement progressive (SEP-SP) : l’évolution dans le temps

Environ 30 à 50 % des personnes atteintes d’une SEP récurrente-rémittente évolueront vers une SEP secondairement progressive au bout de 15 à 20 ans (source : Société Française de Neurologie). Ce passage ne se fait pas du jour au lendemain. Il se manifeste par :

  • Une progression lente mais continue du handicap, indépendamment des poussées, même s’il peut encore survenir des épisodes aigus.
  • Une moindre fréquence voire disparition des poussées : la maladie devient plus « silencieuse », moins changeante, mais le déclin des capacités motrices ou cognitives est plus insidieux.

(Claire, neurologue) « Cette forme reste difficile à identifier, car la frontière n’est pas toujours nette. La surveillance régulière, attentive au fil du temps, permet de repérer ce basculement progressif. Le vécu des patients, l’expérience du quotidien, pèsent autant dans l’évaluation que les bilans médicaux. »

Jusqu'à récemment, peu de traitements étaient disponibles pour cette forme, mais la recherche avance et de nouvelles options sont en cours d’évaluation (source : Neurology, 2022).

SEP primaire progressive (SEP-PP) : une évolution d’emblée continue

La forme primaire progressive touche environ 10 à 15 % des personnes atteintes de SEP. Contrairement aux formes rémittentes, il n’y a pas de poussées nettes. L’évolution est :

  • Continue dès le début : les symptômes (troubles moteurs, difficultés à la marche, raideur, fatigabilité) s’installent et progressent, sans réelles phases de rémission.
  • Un début souvent plus tardif : l’âge moyen d’apparition se situe autour de 40 ans, soit 10 ans de plus que la SEP-RR (source : MSIF – Multiple Sclerosis International Federation).

Ce mode de progression peut rendre le diagnostic difficile, car les signes sont parfois attribués à d'autres affections neurologiques ou au vieillissement. La vie quotidienne s’en trouve rapidement impactée, notamment pour la marche et l’autonomie. Moins de traitements sont reconnus à ce jour pour la SEP-PP, mais certains médicaments proposés depuis 2018 (comme l’ocrélizumab) ouvrent de nouvelles perspectives.


Formes rares et phénotypes particuliers

La médecine avance, et avec elle notre compréhension de la SEP. Des formes encore plus rares émergent, mais méritent d’être mentionnées :

  • SEP rémitente bénigne : environ 5 % des personnes. Après plusieurs années de maladie, le handicap reste minime, sans impact majeur sur la vie quotidienne (source : Multiple Sclerosis Trust). Le recul nécessaire pour utiliser le terme « bénin » impose cependant la prudence, car la maladie peut évoluer tardivement.
  • SEP à progression fulminante (forme Marburg) : exceptionnelle (moins de 1 % des cas), avec une évolution très rapide, un handicap majeur en quelques mois.

Il existe aussi des situations mixtes, où le diagnostic hésite, car la maladie se comporte comme une SEP par certains aspects et différemment par d’autres. Cela illustre la nécessité d’un suivi personnalisé et d’un dialogue étroit avec l’équipe soignante.


Tableau comparatif des principales formes de SEP

Type de SEP Fréquence Évolution Âge d'apparition Poussées Traitements efficaces
SEP récurrente-rémittente 85 % Poussées suivies de rémissions 20-30 ans Oui Oui (nombreux traitements)
SEP secondairement progressive 30-50 % (après 15-20 ans de SEP-RR) Progression lente + parfois poussées Difficile à préciser Parfois En développement
SEP primaire progressive 10-15 % Progression continue 40 ans Non Peu, mais en progrès

Pourquoi distinguer les formes de SEP ?

L’identification du type de SEP n’est pas une simple « étiquette ». Elle permet de :

  • Adapter le suivi, les besoins de rééducation, de soutien psychologique ou social.
  • Optimiser le traitement médical : la plupart des médicaments ciblent la SEP-RR, mais la recherche progresse sur les formes progressives.
  • Mieux anticiper la trajectoire : permettre aux personnes concernées d’organiser leur quotidien, leur travail, leurs engagements, dans une perspective réaliste et constructive.

Il est essentiel de rappeler que la maladie reste imprévisible : il est impossible de prédire, pour une personne donnée, la rapidité d’évolution ou la gravité. Les outils d’imagerie (IRM cérébrale et médullaire), les bilans neurologiques répétés et l’écoute attentive du vécu de chacun sont complémentaires pour affiner la compréhension du parcours de la maladie.


Le vécu derrière les termes médicaux

(Sophie, infirmière) : « Derrière chaque nom de forme de SEP, il y a des personnes, leurs familles, leurs espoirs, leurs doutes. Ce qui importe, ce n’est pas seulement la catégorie médicale, mais comment chacun réagit, trouve ses ressources, ajuste son quotidien. Notre rôle, c’est d’accompagner, d’écouter, de donner des repères concrets. »

Les formules médicales ne remplacent jamais le partage d’expérience, ni la prise en compte de l'unicité de chaque histoire. Les témoignages, l’accès à un réseau de soins, et la capacité à se projeter permettent de sortir de l’isolement et d’affronter la maladie autrement.


SEP et perspectives : évolution de la recherche et de la prise en charge

Ces vingt dernières années, l’espérance de vie des personnes atteintes de SEP s’est rapprochée de celle de la population générale (écart de moins de 7 ans selon une étude suédoise publiée dans le Lancet Neurology, 2020). Cela s’explique notamment par :

  • La mise au point de traitements modificateurs visant à ralentir l’évolution pour la SEP-RR (interférons, anticorps monoclonaux, nouvelles molécules plus ciblées).
  • L’essor de la recherche sur la SEP progressive, apportant de nouveaux traitements et protocoles expérimentaux.
  • L’amélioration du diagnostic précoce, grâce à l’IRM et aux biomarqueurs.

Dans cette dynamique, la personnalisation de la prise en charge – tenant compte non seulement du type de SEP mais aussi des attentes, du vécu, du projet de vie de chacun – devient centrale. La vision de la SEP a changé : la maladie n’est plus seulement source d’inquiétude, elle devient sujet de dialogue, d’innovation, de progrès partagé.


Avancer avec la SEP : se comprendre, s’entourer, agir

Comprendre la diversité des formes de SEP, ce n’est pas se perdre dans les subtilités médicales, mais saisir des outils pour s’approprier la maladie, faire des choix, demander du soutien et garder l’initiative.

  • Prenez le temps d’échanger avec l’équipe soignante : chaque question a sa légitimité, même (et surtout) si vous pensez qu’elle est « simple » ou « personnelle ».
  • Rencontrez d’autres personnes concernées par la SEP, pour dédramatiser et apprendre ensemble.
  • Gardez à l’esprit que les recherches avancent plus vite que jamais, et que les perspectives de mieux vivre avec la SEP ne cessent de s’élargir.

Chaque parcours est unique. Mais c’est aussi l’intérêt de la communauté SEP : dans sa diversité, elle porte espoir, connaissance et solidarité. C’est ce chemin-là que nous souhaitons continuer à explorer, avec vous.

Sources : INSERM, Haute Autorité de Santé, Fondation ARSEP, Multiple Sclerosis Trust, MSIF, Société Française de Neurologie, Neurology (2022), The Lancet Neurology (2020).


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