SEP rémittente-récurrente : pourquoi le choix thérapeutique est crucial

La sclérose en plaques de forme rémittente-récurrente (SEP-RR) concerne environ 85% des nouveaux diagnostics de SEP en France (Haute Autorité de Santé). Vivre avec cette maladie, c’est faire face à une succession de poussées — des moments d’aggravation plus ou moins marquée — qui alternent avec des périodes de calme. Les traitements proposés visent donc à limiter la fréquence et l’intensité de ces poussées, mais aussi à ralentir la progression du handicap sur le long terme.

Dans cette phase, le choix du traitement est un moment décisif. Nous le savons pour l’avoir vécu, que ce soit en tant que soignants ou en tant que patient : il est souvent difficile de s’orienter parmi la variété de médicaments. Certains sont très puissants, d’autres privilégient la tolérance ou la simplicité de suivi. Entre bénéfices médicaux, contraintes du quotidien et attentes personnelles, il s’agit d’une véritable co-construction des soins. L’objectif : protéger l’autonomie, éviter les poussées et préserver la qualité de vie.


Quels sont les traitements disponibles ?

Il existe deux familles principales de traitement pour la SEP rémittente-récurrente :

  • Les traitements de fond : ils agissent sur l'évolution de la maladie, en réduisant la fréquence des poussées et, à terme, ralentissent la progression du handicap. C’est le « socle » du traitement.
  • Les traitements symptomatiques et de gestion des poussées : ils soulagent certains symptômes spécifiques (fatigue, douleurs, troubles urinaires...) ou traitent les poussées en phase aiguë (corticoïdes).

Nous allons nous concentrer ici sur les traitements de fond, qui sont la clé de la prise en charge de la SEP-RR actuellement.


Panorama des traitements de fond : efficacité, tolérance, mode d’administration

Classe thérapeutique Médicaments Mode d’administration Efficacité (Réduction poussées) Risque effets indésirables
Interférons Interféron bêta-1a et 1b, Plegridy Injection (sous-cutanée ou intramusculaire, 1 à 3 fois/semaine) 30-34% Modéré (réactions au point d’injection, symptômes pseudo-grippaux)
Acétate de glatiramère Copolymère-1 (Copaxone) Injection sous-cutanée (3 fois/semaine ou tous les jours) 29-34% Faible à modéré (réactions au point d’injection)
Médicaments oraux Diméthylfumarate (Tecfidera), Tériflunomide (Aubagio), Fingolimod (Gilenya) Comprimé quotidien Tecridera/Aubagio : 30-40%Gilenya : 48% Variable (troubles digestifs, risques infectieux, surveillances hépatiques...)
Thérapies de haute efficacité Natalizumab (Tysabri), Ocrelizumab (Ocrevus), Alemtuzumab (Lemtrada), Cladribine (Mavenclad) Perfusion IV (mensuelle ou semestrielle/annuelle) ou comprimés (Cladribine) 55-80% Élevé (risque d'infections, surveillance renforcée, effets secondaires graves plus rares mais plus sérieux)

Source : revue de la littérature (EMA, HAS).


Traitements de première ligne : efficace, mais pas toujours suffisant

La plupart des traitements débutent avec des molécules dites de première ligne, comme les interférons ou l’acétate de glatiramère. Ces médicaments sont généralement bien tolérés, mais leur efficacité sur la réduction du nombre de poussées est modérée (autour de 30% selon les études internationales - Sage Journals).

Quand elle démarre son traitement, une personne sur deux environ verra une réduction nette de ses poussées. Mais dans les 2 à 5 ans, près de 40% devront changer de stratégie thérapeutique car la maladie reste trop active ou la tolérance ne suit pas (EMA).


Place croissante des traitements oraux : une révolution discrète mais réelle

Depuis le début des années 2010, l’arrivée de médicaments oraux (diméthylfumarate, tériflunomide, fingolimod) a transformé la donne. Pour les personnes actives ou réticentes aux injections, c’est un soulagement — Julien témoigne : "Le passage aux comprimés a été vécu comme une victoire. Moins d’irritations, plus de discrétion et une vie moins médicalisée."

L’efficacité est un peu supérieure à celle des interférons : le fingolimod, par exemple, montre jusqu’à 48% de réduction des poussées (essais FREEDOMS 1 & 2, NEJM).

Mais cette facilité d’administration s’accompagne d’une nécessité de surveillance accrue : notamment des bilans sanguins réguliers, à cause de risques d’infections ou d’atteintes hépatiques.


Thérapies à haute efficacité : de plus en plus envisagées tôt

Les traitements dits de « haute efficacité » (natalizumab, alemtuzumab, ocrelizumab, cladribine), réservés initialement aux formes très actives ou aux échecs des lignes précédentes, sont proposés de façon plus précoce, surtout chez les jeunes adultes avec des poussées sévères ou des lésions cérébrales nombreuses à l’IRM.

  • Natalizumab (Tysabri) : utilisé en perfusion mensuelle, il permet une réduction de 68% des poussées annuelles (étude AFFIRM, The New England Journal of Medicine).
  • Ocrelizumab (Ocrevus) : toutes les 6 mois en perfusion, ses résultats sur les poussées sont similaires, avec en plus une action sur la progression du handicap (NEJM).
  • Alemtuzumab et cladribine : il s’agit ici de traitements dits « par intermittence » (cures espacées). Leur usage est plus complexe et demande une information très personnalisée.

L’efficacité atteint jusqu’à 70–80%, mais avec des risques spécifiques : infections opportunistes, réactions immunitaires, surveillance rapprochée pendant plusieurs années. Les patients sous natalizumab, par exemple, doivent réaliser un test sanguin tous les 3 à 6 mois pour dépister le risque rare mais grave de leucoencéphalopathie multifocale progressive (PML).

Sophie, notre infirmière, insiste : « Le niveau de surveillance décourage parfois. Mais avec un suivi adapté, beaucoup de patients disent avoir retrouvé une vie plus stable, avec moins de poussées et moins d’angoisse. »


L’efficacité : chiffres et nuances

Médicament Réduction du taux de poussées annuelles (%) Réduction du risque de progression du handicap (%)
Interféron bêta-1a (Avonex, Rebif) 30-34% 18-22%
Diméthylfumarate (Tecfidera) 44-53% 21-38%
Fingolimod (Gilenya) 48% 30%
Natalizumab (Tysabri) 68% 42%
Ocrelizumab (Ocrevus) 46-47% 40%

Les chiffres sont issus d’essais cliniques majeurs (AFFIRM, OPERA, FREEDOMS).


Comment choisir ? Facteurs individuels et discussions avec l’équipe de soin

Tous les experts s’accordent : le « meilleur traitement » pour une SEP rémittente-récurrente, c’est celui qui conjugue efficacité, sécurité, adaptation à la vie personnelle, et surtout capacité du patient à se projeter dans ce suivi au long cours.

  • L’efficacité clinique (sur les poussées ou l’imagerie cérébrale)
  • Tolérance (allergies, réaction au point d’injection, effets digestifs, surveillance)
  • Facilité d’utilisation (injection, perfusion, comprimé, rythme des prises)
  • Projets de vie (voyages, grossesse, vie active…)
  • Comorbidités (autres maladies, fragilité immunitaire…) : par exemple, les traitements oraux ne sont pas utilisés chez la femme enceinte.

La question de la grossesse, notamment, modifie beaucoup les propositions thérapeutiques qu’on envisage avec la patiente et sa famille – Claire l’observe chaque semaine en consultation.


Surveiller, ajuster, rester acteur de son traitement

Aucune molécule n’arrête totalement la progression de la maladie. Mais la réduction des poussées, la stabilisation à l’IRM, la diminution du handicap sont de réels progrès : la proportion de personnes vivant sans poussée à 2 ans est passée de 10% (avant 1995) à près de 45% aujourd’hui (Santé Publique France).

Ce qui fait la différence ? Un accompagnement attentif et une adaptation régulière du traitement : ce suivi associe neurologue et médecin traitant, infirmier, mais aussi l’implication active du patient.

Notre expérience nous le rappelle : comprendre sa maladie et ses médicaments mène à de meilleurs résultats, moins d’arrêts prématurés et un parcours de vie plus autonome.


Traitements innovants et futur proche : la médecine de précision en marche

Certains essais sont en cours sur des médicaments ciblant très spécifiquement certains mécanismes immunitaires, ou sur des associations de traitements visant à personnaliser encore plus la prise en charge (par exemple ublituximab, ozanimod, ponesimod – voir Clinicaltrials.gov).

De plus, les stratégies thérapeutiques évoluent. De plus en plus, on ne distingue plus seulement “efficacité” et “tolérance”, mais on construit un parcours précis adapté à chaque personne, selon sa forme d’évolution, ses besoins, et ses attentes de vie, dès le diagnostic.


Pour aller plus loin : s’entourer et rester informé

Se repérer parmi les traitements de la SEP rémittente-récurrente nécessite une information de qualité, une rencontre régulière avec l’équipe médicale, et la possibilité d’échanger avec d’autres personnes concernées. C’est aussi accepter d’être accompagné… pour avancer, non pas seul face à la maladie, mais entouré, écouté et reconnu dans ses choix.

Pour creuser chaque option ou poser vos questions, SEP’Avenir, l’AFSEP ou le site de APF France Handicap constituent des points de ressources supplémentaires.

Enfin, gardons en tête : chaque avancée thérapeutique est le fruit d’heures de recherche, d’écoute et d’essais cliniques… mais aussi d’une alliance patient-soignant. Plus que jamais, l’éducation et l’autonomie réelles sont les atouts majeurs pour stabiliser la maladie et préserver sa qualité de vie.


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