La SEP rémittente-récurrente en quelques mots : comprendre ce que l’on observe

La sclérose en plaques rémittente-récurrente (SEP-RR) est la forme la plus courante de SEP, représentant environ 85% des nouveaux diagnostics (Haute Autorité de Santé, 2016). Elle se caractérise par des poussées : des épisodes de symptômes neurologiques qui apparaissent puis s’atténuent totalement ou partiellement.

Chaque histoire de SEP commence différemment. Pour certains, le corps s’exprime en silence. Pour d’autres, il crie tout de suite. À force de nos rencontres médicales, de témoignages partagés et d’écoutes au quotidien, une conviction nous anime : rien n’est “trop petit” pour être entendu.


Les symptômes précoces : fiches signalétiques des signes les plus fréquents

Les premiers signes de la SEP rémittente-récurrente sont variés, imprévisibles et dépendent du lieu où l’attaque auto-immune survient dans le système nerveux central.

  • Fatigue excessive et inhabituelle
    • Type de fatigue souvent “invisibilisée”, non soulagée par le repos.
    • Présente chez 80% des personnes nouvellement diagnostiquées (MS International Federation).
    • Peut précéder d’autres symptômes de plusieurs mois.
  • Troubles sensitifs
    • Paresthésies : fourmillements ou engourdissements (souvent d’un côté du corps, dans un membre ou le visage).
    • Aiguilles ou sensations de brûlure fugaces ou persistantes.
    • Déclenche parfois le diagnostic lors d’un épisode “évident”.
  • Troubles moteurs
    • Faiblesse soudaine d’un bras ou d’une jambe.
    • Difficulté à tenir en équilibre, maladresse inhabituelle.
  • Troubles visuels
    • Névrite optique : vision floue, baisse de l’acuité visuelle, douleurs à l’œil lors des mouvements.
    • Présente chez 20 à 25% des patients comme premier signe (Orphanet).
    • Perte de vision souvent unilatérale, récupération partielle ou totale en quelques semaines.
  • Troubles de la coordination et de l’équilibre
    • Ataxie : marche instable, risque de chutes, démarche inhabituellement hésitante.
    • Movement de maladresse fine ou de dissociation des gestes.
  • Troubles urinaires ou intestinaux
    • Impériosité ou difficulté à uriner, fuites inexpliquées.
    • Moins fréquents comme premiers signes, mais à ne pas négliger.
  • Troubles cognitifs précoces
    • Difficulté de concentration, troubles de la mémoire de travail.
    • Pouvant précéder ou accompagner d’autres symptômes physiques.

Mais alors… à quoi ressemble vraiment un “premier symptôme” ?

Ces descriptions restent abstraites jusqu’à ce qu’on y mette des exemples de vie.

Symptôme Exemple du vécu Durée habituelle Fréquence comme premier signe
Engourdissement Bras gauche “endormi” comme sur un trajet de plusieurs heures, mais sans raison apparente Plus de 24h, souvent plusieurs jours ≈ 30 à 40%
Névrite optique Baisse brutale de la vision d’un oeil, comme un voile gris, parfois douloureux Quelques jours à plusieurs semaines 20 à 25%
Faiblesse musculaire Glisser régulièrement ou lâcher des objets, difficulté à monter des escaliers 24h à plusieurs semaines 10 à 15%

Ce qui frappe, c’est la capacité de ces symptômes à s’installer progressivement ou brutalement, à sembler anodins, voire dus à la fatigue, au stress ou à un faux mouvement.


Premiers signes et diagnostics tardifs : lever les freins sur la route du diagnostic

Un des grands paradoxes de la SEP rémittente-récurrente, c’est l’écart entre le premier symptôme et le diagnostic final. En France, ce délai est en moyenne de 8 à 24 mois (Fondation ARSEP).

Pourquoi autant d’attente ? Parce que les premiers signes sont fréquemment banalisés : “C’est sûrement nerveux”, “Je dois être fatigué”, “Ce n’est rien, ça va passer”. Lors d’une poussée inaugurale, l’absence de fièvre ou de contexte infectieux est un argument clé (source : StatPearls 2023).

  • Les examens initiaux, en particulier l’IRM (imagerie par résonance magnétique), sont indispensables pour confirmer la SEP.
  • Le critère principal : la dissémination des lésions dans le temps et l’espace, ce qui explique parfois les délais, car il faut "voir" plusieurs épisodes pour poser le diagnostic.

Ce cheminement impose d’en parler tôt, de ne pas minimiser son ressenti et de consulter un professionnel dès l’apparition d’un symptôme neurologique inexpliqué qui dure plus de 24 heures.


Le point de vue du Patient : ressentir sans comprendre

(Voix de Julien, patient expert SEP) “Quand j’ai eu mes fourmillements à la jambe droite, je me suis dit ‘ça doit être la sciatique’. Et puis le lendemain, la sensation était encore là, plus intense. Mais franchement, je n’ai pas pensé une seconde à la SEP. On ne se dit jamais que c’est grave. Le plus dur, c’est cette période où on doute, où on attend… À posteriori, si j’avais compris plus tôt que ces symptômes n’étaient pas ‘normaux’, j’aurais consulté plus vite. Ce que j’ai envie de dire : écoutez vos signaux, même discrets.”


Le point de vue médical : savoir repérer, sans dramatiser

(Voix de Claire, neurologue) La SEP-RR n’évolue pas brutalement du jour au lendemain. Ce sont souvent des épisodes qui s’égrènent sur des semaines ou des mois. Le bon réflexe ? N’attendez pas que tous les symptômes soient réunis pour consulter. Un seul épisode persistant, surtout avec des manifestations neurologiques, justifie de demander un avis spécialisé.


Synthèse pratique : ce que tout le monde devrait savoir

  • À tout âge adulte, un trouble neurologique (sensitif, moteur ou visuel) d’apparition brutale ou insidieuse, non expliqué par une cause évidente, doit faire évoquer une SEP chez le médecin.
  • Fatigue inexpliquée, durable, surtout si elle s’accompagne d’autres troubles, doit être prise au sérieux.
  • La SEP n’est pas une maladie d’emblée visible : les symptômes sont parfois très subtils.
  • Plus le diagnostic est posé tôt, plus les interventions sont précoces et efficaces (EMA, 2020).

Se questionner, consulter, ne jamais minimiser : c’est cette vigilance collective qui change la donne. Le fait de s’informer, de recueillir des avis, de partager ses ressentis lors de groupes de paroles peut aider à avancer avant même d’avoir un nom sur son trouble.


Pour aller plus loin et s'outiller

Repérer les premiers signes de la SEP rémittente-récurrente, c’est donner une chance à chacun d’agir sans attendre. Parce que derrière chaque symptôme se cache une histoire — et que mieux (se) comprendre, c’est toujours avancer.


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