Pourquoi lier tabac et sclérose en plaques ?

Chaque jour, nous rencontrons des patients qui s’interrogent : « Est-ce que ma consommation de tabac peut influencer le risque de développer une sclérose en plaques (SEP) ? ». C’est une question légitime – et il n’est pas toujours facile d’y voir clair parmi les discours contradictoires.

Avant tout, il faut rappeler que la SEP est une maladie complexe, multifactorielle, où les interactions entre la génétique, l’environnement, et nos habitudes de vie sont au cœur des recherches. Le tabac s’inscrit dans cette réflexion comme un facteur environnemental, aux conséquences bien réelles et aujourd’hui de mieux en mieux documentées.


Petit rappel : qu’est-ce que la sclérose en plaques ?

La sclérose en plaques est une maladie auto-immune du système nerveux central. Elle se caractérise par une attaque du système immunitaire contre la myéline, l’enveloppe protectrice des fibres nerveuses. Les symptômes sont variables : troubles moteurs, troubles de la vue, fatigue, problèmes d’équilibre... Pour l’instant, la SEP ne se guérit pas, mais elle se traite de mieux en mieux.


Tabac : un simple irritant ou un réel facteur de risque ?

Les études s’accordent aujourd’hui pour dire que le tabac n’est pas neutre vis-à-vis du risque de SEP. Mais de quoi parle-t-on exactement ? Nous allons tenter ici d’apporter des repères concrets, illustrés par des faits et des chiffres validés.

Ce que dit la recherche scientifique

  • Une augmentation du risque de développer la SEP : Les fumeurs ont entre 1,5 à 2 fois plus de risque de développer une SEP que les non-fumeurs (source : Handel et al., 2010 ; étude épidémiologique Europe/USA).
  • Le tabac influence aussi l’évolution de la maladie : Chez des personnes déjà diagnostiquées, fumer accélère la progression vers une forme plus sévère (sources : BMJ, 2009 ; Healy et al., 2009).
  • Les effets persistent même après l’arrêt : Arrêter de fumer fait diminuer le risque de progression, mais l’impact du tabac sur la SEP reste perceptible plusieurs années.

Ce n’est pas simplement une association statistique : il existe des mécanismes biologiques qui expliquent ces observations.


Comment le tabac agit-il sur le cerveau et le système immunitaire ?

La fumée de cigarette contient des milliers de composés chimiques. Parmi eux, certains favorisent une inflammation chronique et dérèglent la réponse des défenses immunitaires. C’est un terrain propice aux maladies auto-immunes, dont la SEP.

  • Inflammation : Le tabac stimule la production de cytokines pro-inflammatoires, des messagers qui encouragent l’attaque du système immunitaire contre la myéline.
  • Modification de la barrière hémato-encéphalique : Cette barrière protège normalement le cerveau des agressions extérieures. La nicotine, notamment, la fragilise, facilitant ainsi le passage de cellules immunitaires agressives.
  • Risque augmenté chez certains profils génétiques : Certaines variations génétiques associées à la SEP rendent le cerveau plus vulnérable aux effets toxiques de la fumée (Hedström et al., 2011).

Voilà pourquoi le tabac n’est pas anodin : il augmente à la fois le risque de déclenchement et celui d’aggravation de la SEP.


Tabac passif, vapotage : qu’en est-il ?

Tabagisme passif : un risque à prendre au sérieux

Il n’y a pas que le fumeur qui s’expose. Plusieurs études retrouvent un sur-risque chez ceux qui vivent dans un environnement enfumé – en particulier chez les enfants et adolescents. Selon une étude suédoise (Hedström et al., 2013), l’exposition au tabagisme passif dans l’enfance multiplie le risque de SEP par 1,5 à 2.

Vapotage : une alternative plus sûre ?

La cigarette électronique contient moins de substances toxiques que la cigarette classique. Cependant, on manque de recul sur son impact à long terme dans le cas de la SEP. Les e-liquides peuvent aussi contenir des molécules irritantes. Aucune étude fiable, à ce jour, ne permet d’affirmer que le vapotage est totalement sans risque dans ce contexte.


Le tabac et la SEP : chiffres-clés

Facteur Risque relatif SEP Source
Fumeur actif (vs non-fumeur) x1,8 Handel et al., 2010
Tabac passif chez l’enfant x1,5 à x2 Hedström et al., 2013
Arrêt du tabac après le diagnostic SEP Baisse risque progression de 30% (après 5 ans) Tanasescu et al., 2018

La parole aux experts du collectif

Claire, neurologue : comprendre pour agir

« Souvent, mes patients minimisent l’impact du tabac. Pourtant, la science l’affirme clairement : c’est un facteur de risque fort, et, surtout, modifiable. Le risque n’est pas le même pour tous, bien sûr. Mais, aujourd’hui, nous avons suffisamment de données pour encourager l’arrêt du tabac, en prévention comme au moment du diagnostic. J’insiste auprès de mes patients : diminuer, c’est déjà un progrès. Arrêter, c’est la meilleure option. »

Julien, patient expert : le tabac, un compagnon qu’on quitte

« J’ai commencé à fumer à 16 ans, bien avant ma SEP. Alors autant dire que les discours “Il faut arrêter” me passaient au-dessus de la tête… Jusqu’au jour où, après un nouveau bilan, mon neurologue m’a expliqué concrètement ce que ça changeait sur la maladie. Ce n’est pas facile : le tabac, c’est un refuge dans le stress, mais c’est aussi une responsabilité qu’on a pour soi. Le fait d’être actif dans sa maladie, même dans les choix difficiles, c’est ça qui aide à se sentir moins impuissant. C’est comme ça que j’ai réussi à arrêter. »

Sophie, infirmière : au quotidien, accompagner sans juger

« J’accompagne beaucoup de patients qui culpabilisent parce qu’ils n’arrivent pas à arrêter du jour au lendemain. On oublie souvent que ce n’est pas simple : la dépendance, l’habitude, la peur de grossir… Notre rôle, c’est d’écouter, d’encourager chaque pas. Se fixer des étapes, trouver des relais de motivation, se faire soutenir par l’entourage ou des professionnels, tout ça compte énormément. On ne peut pas tout contrôler, mais ça, c’est un levier sur lequel on peut agir, à son rythme. »


Questions fréquentes reçues en consultation

  • “J’ai arrêté après mon diagnostic. Est-ce que le risque disparaît complètement ?” Non. Mais le risque de progression de la maladie diminue nettement après l’arrêt. Les bénéfices apparaissent dès les premières années (Tanasescu et al., 2018).
  • “La pipe, le cigare, le cannabis… c’est moins risqué pour la SEP ?” Les études portent principalement sur la cigarette, mais les substances toxiques (et la combustion) sont tout autant nocives dans les autres modes de consommation.
  • “Ma famille fume, dois-je m’inquiéter pour mon enfant ?” Le risque existe, surtout si l’enfant est exposé régulièrement. Une ventilation adaptée, fumer exclusivement en extérieur restent des réflexes de prévention importants.

Démarrer une démarche d’arrêt : quels soutiens ?

  • Entourage : Parler de sa démarche, demander un soutien moral, partager ses objectifs.
  • Professionnels de santé : Médecins traitants, neurologues, infirmières, tabacologues, psychologues.
  • Outils et ressources :
    • Consultations d’aide à l’arrêt du tabac (prise en charge possible en France),
    • Lignes d’écoute (Tabac Info Service : 39 89),
    • Applis d’accompagnement (ex : Tabac info service),
    • Groupes de parole entre pairs (hôpitaux, associations).

Ce qu’on retient : où agir, où espérer ?

Le lien entre tabac et sclérose en plaques n’est plus une hypothèse : c’est une réalité scientifiquement démontrée, avec des conséquences concrètes, à la fois sur le risque de développer la maladie et sur son évolution. La bonne nouvelle, c’est que ce facteur, on peut le modifier. Chaque arrêt, chaque réduction compte. Voilà une marge de manœuvre pour la santé, l’autonomie, et l’espoir, à portée de main. Comprendre, choisir, et avancer ensemble : c’est ce chemin que nous vous proposons ici, en toute confiance.

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