Comprendre la transition vers la forme secondairement progressive

La sclérose en plaques (SEP) touche près de 120 000 personnes en France (AFSEP), et chacun·e le sait : plus que toute autre, cette maladie s’exprime dans la diversité. Mais lorsque l’on parle de la forme secondairement progressive (SEP-SP), une étape particulière du parcours se dessine. C’est une transition qui pose parfois plus de questions qu’elle n’apporte de réponses au départ, tant ses contours semblent flous.

Notre ambition ici est d’éclairer, factuellement et humainement, cette forme évolutive de la maladie. Nous ressentons souvent l’inquiétude face à l’incertitude : “Suis-je en train de passer à une forme progressive ? Comment le reconnaître ?”. Voyons ensemble, symptôme par symptôme, ce qui peut signaler l’entrée dans cette nouvelle phase, et pourquoi un accompagnement attentif fait toute la différence.


SEP-RR et SEP-SP : quelles différences ?

La grande majorité des personnes reçoivent au départ un diagnostic de forme rémittente-récurrente (SEP-RR), caractérisée par des poussées entrecoupées de périodes de rémission partielle ou complète. Toutefois, selon les études, environ 50 à 70 % des patient·es développent une SEP secondairement progressive après 15 à 20 ans de maladie (ScienceDirect, 2019).

La SEP-SP se distingue par une progression constante du handicap neurologique, indépendamment des poussées. Cette évolution insidieuse confronte la personne à d’autres manifestations, parfois plus discrètes mais tout aussi impactantes pour le quotidien.


Symptômes typiques : ce qui change à l’apparition de la forme progressive

Au fil de notre pratique et de l’expérience des patients, nous remarquons que la SEP-SP peut modifier la nature des symptômes. Ce n’est pas seulement l’apparition de nouveaux troubles : c’est souvent l’intensification ou la prolongation de certains signaux déjà présents.

  • La progression motrice : Le symptôme le plus caractéristique est la diminution progressive de la capacité à marcher (parésie, spasticité, troubles de l’équilibre). On estime qu’au seuil des 20 ans de SEP, près de 60 % des personnes ont besoin d’une aide à la marche (Fédération Internationale de la SEP).
  • Fatigue persistante : Non plus la fatigue “en pics” des poussées, mais une fatigue intense, installée, qui ne disparaît pas complètement entre les phases d’évolution.
  • Aggravation des troubles urinaires et intestinaux : Des envies fréquentes, parfois impérieuses ou des pertes d’urine, ainsi que la constipation deviennent plus fréquentes.
  • Troubles cognitifs et de la concentration : Difficultés d’attention, de mémoire et de planification, parfois insidieuses.
  • Douleurs : Crampes, spasmes, douleurs neuropathiques (fourmillements, brûlures) sont souvent signalés lors des consultations.
  • Troubles de la déglutition et de la parole : Dans moins de 20 % des cas, ils apparaissent ou s’aggravent, avec un impact direct sur la vie sociale (Revue Médicale Suisse, 2019).

Tableau synthétique des signes caractéristiques de la SEP secondairement progressive

Symptôme Fréquence apparente Spécificité SEP-SP Impact sur la vie quotidienne
Difficultés à la marche Très fréquent (>60 % après 20 ans) Souvent progressif, irréversible Diminution d’autonomie, risque de chute
Fatigue chronique 80-95 % Persistante, non liée aux poussées Limitation des activités, isolement
Troubles urinaires 40-80 % Fréquence et sévérité accrues Gênes intimes, adaptation du quotidien
Troubles cognitifs Jusqu’à 50 % Souvent discrets puis affirmés Modification de la vie professionnelle, famille
Douleurs neurologiques 30-40 % Surtout spasmes, crampes, douleurs Mobilité, moral

Comment repérer la SEP-SP ? Les indices et ce qu’il faut surveiller

Claire (médecin) : “Le passage à la forme secondairement progressive n’est pas brutal : c’est une pente plus qu’une marche. Le repère clé : l’apparition d’une aggravation continue, sur plus de 6 à 12 mois, qui ne s’explique pas uniquement par les poussées. Il faut aussi guetter l’accroissement insidieux de la faiblesse motrice ou des troubles cognitifs.”

Certains signes d’alerte :

  • Une augmentation régulière des difficultés à se déplacer sur plusieurs mois — par exemple passer de la marche seule à la nécessité d’une canne, puis à une aide humaine ou à un fauteuil pour certains déplacements
  • Un ralentissement dans l’exécution des gestes quotidiens : écrire, cuisiner, manipuler de petits objets
  • Apparition ou aggravation de troubles cognitifs qui interfèrent avec la vie professionnelle ou familiale
  • Des épisodes de doubles tâches (marcher et parler, par exemple) de plus en plus compliqués

Ce basculement est le plus souvent observé entre 40 et 50 ans, mais il peut survenir plus tôt comme plus tard. Tous les patients SEP-RR ne développent pas cette forme : environ 30 à 40 % ne l’atteindront jamais ([source : Inserm](https://www.inserm.fr)), rappelons-le pour ne pas céder à la fatalité.


Ce que vivent les patients : paroles et expériences

Julien (patient expert) : “Au début, je pensais juste ‘vieillir plus vite’. Le plus difficile, c’est quand tout semble flou : quand on ne récupère plus complètement d’une baisse de forme, ou que la simple marche d’escalier devient difficile. Parler de ses nouvelles difficultés, c’est essentiel, même si ce n’est pas évident, car on croit parfois que c’est normal ou qu’on exagère. Je conseille à chacun, dès qu’il sent un changement, d’en parler à l’équipe soignante en toute confiance. J’ai compris que ce n’était ni de la paresse ni de la déprime, c’était ‘la maladie qui avançait autrement’.”


L’accompagnement dans la durée : rôle central du suivi pluridisciplinaire

Sophie (infirmière) : “Dans la SEP-SP, les petits changements répétés prennent vite de l’ampleur. Ne soyez pas seul·e face aux symptômes. Organiser la vie, anticiper les adaptations du domicile ou du travail, c’est possible — et utile. Les ergonomes, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychologues, travaillent tous ensemble pour maintenir l’autonomie. Leur rôle devient d’autant plus précieux.”

  1. Suivi neurologique régulier (consultation tous les 6 à 12 mois, selon l’évolution)
  2. Bilan fonctionnel : évaluation de la marche, de la coordination, du tonus musculaire et du ressenti global
  3. Accompagnement psychologique pour soi et le couple/famille
  4. Rééducation : maintenir la force musculaire, la souplesse, la coordination
  5. Adaptation des traitements symptomatiques (antispasmodiques, aides à la marche, solutions pour les troubles vésico-sphinctériens)

Le parcours ne s’arrête pas à la “progression” : c’est aussi un temps fort d’adaptation et de nouveaux repères.


Faire face à la SEP-SP : stratégies et ressources

Que peut-on mettre en place, concrètement ?

  • Planification d’avance : prévoir de petites adaptations du quotidien permet d’éviter bien des fatigues ou des frustrations. Une rampe, une barre d’appui, des outils pour faciliter la préparation des repas font une vraie différence.
  • Oser demander conseil : personne ne “anticipe tout seul”. Les réseaux d’aide (CCAS, MDPH, associations SEP, réseaux de santé) ont souvent des solutions simples et accessibles.
  • Déconstruire les idées reçues : non, passer à un fauteuil n’est pas “un échec” — c’est parfois le meilleur moyen de continuer à sortir, voyager, travailler.

À chaque étape, garder de la souplesse — pas seulement du corps : aussi dans nos projets, nos envies, nos façons d’appréhender l’incertitude. Parce qu’on apprend à vivre avec la SEP, mais la maladie ne dit pas tout de la personne.

Enfin, n’oublions jamais le rôle clé du partage d’expérience. Les groupes de parole, qu’ils soient présentiels ou en ligne, les ateliers ou espaces d’écoute : autant de relais précieux où la vie continue de s’inventer, même dans la progression.


Vers de nouveaux possibles avec la SEP-SP

Traverser la phase secondairement progressive, c’est composer avec des bouleversements, mais aussi, souvent, découvrir ses propres ressources. Si la progression reste un défi, elle n’empêche jamais l’évolution de la personne, ni la possibilité de projets. Grâce aux avancées thérapeutiques et à l’entraide, de nouvelles perspectives s’ouvrent, et chaque expérience éclaire la suivante. Nous sommes à vos côtés pour que le savoir et le partage permettent à chacun de rester acteur, lucide et confiant, tout au long du parcours SEP.


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