SEP secondairement progressive : du choc de la bascule à une nouvelle navigation

La sclérose en plaques (SEP) secondairement progressive (SEP-SP) marque pour beaucoup un tournant souvent redouté dans le parcours avec la maladie. Après des années marquées par des poussées et des phases de récupération plus ou moins complètes, la SEP change de rythme. Mais que recouvre vraiment cette évolution ? Comment se vit-elle au quotidien ? Que sait-on de son pronostic, et quelles sont les options aujourd’hui pour agir ? C’est à toutes ces questions que nous souhaitons répondre, sans tabou ni fatalisme, pour permettre à chacun d’anticiper, comprendre et trouver du soutien.


Qu’appelle-t-on sclérose en plaques secondairement progressive ?

La SEP-SP est l’un des grands types d’évolution de la sclérose en plaques. Elle survient généralement après une première phase, dite « rémittente », où l’on observe des alternances de poussées inflammatoires et de rémissions.

  • SEP rémittente-récurrente (SEP-RR) : Forme initiale la plus fréquente (environ 85% des cas), caractérisée par des poussées suivies de récupérations.
  • SEP secondairement progressive (SEP-SP) : Évolution de la SEP-RR dans laquelle les poussées diminuent, mais un handicap progresse lentement, même hors poussées.

On estime qu’environ 50% des personnes diagnostiquées avec une SEP rémittente-récurrente évoluent vers une SEP secondairement progressive dans les 15 à 20 ans suivant le début de la maladie (source : MSIF, HAS).


Quand et comment bascule-t-on vers la phase progressive ?

Le passage vers la SEP-SP n’a rien d’immédiat : il s’agit d’une transition subtile, souvent perçue à posteriori. D’après les grandes études internationales, l’âge moyen de la bascule se situe vers 40 ans, mais la variabilité individuelle est grande. Plusieurs indices peuvent alerter :

  • Les pousses se font de plus en plus rares, voire cessent.
  • Apparition d’une progression continue, insidieuse, du handicap, sur plus de 6 à 12 mois.
  • Aggravation lente des difficultés à la marche, de la fatigue et des troubles cognitifs.

En consultation, nous sommes souvent confrontés à cette « zone grise » : le diagnostic de la phase progressive s’appuie sur les observations cliniques répétées, aidées parfois par l’imagerie cérébrale. La frustration vient souvent de l’absence de seuil précis ou de test biologique permettant de dater ce changement.


Évolution et symptômes : une courbe qui n’est ni linéaire ni uniforme

Chaque SEP-SP a sa propre histoire. Cependant, plusieurs tendances émergent :

  • Progression du handicap moteur : Sur 10 ans de phase progressive, près de 60% des personnes ressentent une aggravation de leurs troubles de la marche (British MS Registry).
  • Fatigue chronique : Elle touche 80% des personnes avec une SEP-SP, souvent citée comme l’un des symptômes les plus invalidants (source : Multiple Sclerosis Journal, 2022).
  • Troubles cognitifs : Difficultés de mémoire, de concentration et de planification impactent 40 à 60% des patients à ce stade.
  • Troubles vésico-sphinctériens : 50% vivent des inconforts urinaires, parfois majeurs.
  • Douleurs et spasticité : Les raideurs musculaires entravent la mobilité de façon croissante, mais restent très hétérogènes d’une personne à l’autre.

Notre expérience nous montre que, contrairement à l’idée reçue, la progression n’est ni constante ni inévitablement rapide. Certains stabilisent spontanément, d’autres évoluent par « paliers », avec des phases de stabilité de plusieurs années. Il n’existe pas une SEP-SP, mais des parcours pluriels.


Facteurs influant sur la vitesse d’évolution

Plusieurs éléments sont associés à une évolution plus lente ou rapide de la SEP-SP :

  • L’âge au moment de la transition (plus l’âge est jeune, meilleur est le pronostic à 15 ans).
  • Le degré de handicap moteur à l’entrée dans la phase progressive.
  • La persistance ou non de poussées (SEP-SP active vs inactive).
  • Certains marqueurs IRM (lésions actives, atrophie cérébrale, etc.).
  • Un accès précoce à la rééducation, à l’activité physique adaptée et à un accompagnement multidisciplinaire.

Une étude récente (MSBase Registry, 2020) a montré que l’espérance de vie des patients SEP-SP reste aujourd’hui inférieure de 7 ans à celle de la population générale, mais elle s’est nettement rapprochée de la moyenne grâce aux progrès thérapeutiques et à la prise en charge globale.


SEP-SP active ou inactive : que signifie cette distinction ?

La phase secondairement progressive n’est pas toujours synonyme de cessation de l’inflammation. On différencie deux grandes formes :

  • SEP-SP active : Survenue encore possible de poussées (“rechutes”) et présence de nouvelles lésions inflammatoires visibles à l’IRM.
  • SEP-SP inactive : Absence de nouvelles poussées et de lésions récentes ; le handicap progresse sans signe d’inflammation aiguë.

Cette distinction est essentielle pour adapter le suivi médical et le choix des traitements. Elle montre aussi la complexité biologique de la maladie.


Traitements et prise en charge : que peut-on faire aujourd’hui ?

La recherche progresse, mais il n’existe pas de traitement curatif. Plusieurs pistes, cependant, permettent de ralentir l’évolution et d’améliorer le quotidien :

  • Traitements de fond (thérapies modificatrices de la maladie) :
    • La siponimod (Mayzent®) est actuellement le premier médicament à avoir prouvé une efficacité sur la progression secondaire active (étude EXPAND, 2018).
    • D’autres molécules, telles que le mitoxantrone, sont parfois proposées dans des situations très sélectionnées.
    • De nombreux essais cliniques sont en cours sur les molécules de nouvelle génération.
  • Prise en charge symptomatique :
    • Lutte contre la spasticité (baclofène, toxine botulique, physiothérapie…)
    • Gestion de la fatigue (éducation à l’énergie, cures thermales, etc.)
    • Traitement des troubles urinaires et digestifs
    • Appui psychologique en cas de troubles de l’humeur
  • L’importance de la rééducation : Collaboration continue avec des kinés, ergothérapeutes, orthophonistes… Le maintien de l’activité physique (même adaptée) ralentit la progression des limitations fonctionnelles.

L’accompagnement pluridisciplinaire, dynamisé par des programmes d’éducation thérapeutique du patient (ETP), est maintenant reconnu comme une clé de voûte du « prendre soin » au long cours.


Comment la SEP-SP impacte-t-elle la vie au quotidien ?

Au fil des années, nous avons entendu l’infinie diversité des chemins de vie en SEP-SP. Voici, en toute transparence, les thèmes qui reviennent le plus fréquemment dans l’expérience des personnes concernées :

  • Mobilité : La peur de la chute, la modification de l’environnement, l’apprentissage de la canne ou du fauteuil font partie du quotidien d’environ 40% des patients SEP-SP (source : Association Française des Sclérosés en Plaques, 2022).
  • Vie professionnelle : Adaptations indispensables. Selon la Fondation ARSEP, après la transition vers la SEP-SP, seuls 40% des patients en France exercent encore une activité professionnelle à temps plein ou partiel.
  • Relations familiales et sociales : La maladie interroge l’autonomie, le couple, la parentalité, l’amitié. Les besoins d’écoute et de soutien sont majeurs et souvent méconnus.
  • Ressources et droits : Accès à la MDPH, reconnaissance RQTH, évolution du plan d’aide : autant de démarches où l’on se sent parfois démuni.

Si la peur de perdre sa place dans la société est réelle, il existe aussi, à chaque étape, des stratégies d’adaptation, des possibilités de rebond et d’inclusion. L’accès à un accompagnement social reste encore trop inégal selon les territoires, mais de grandes avancées voient le jour.


Vivre avec la SEP-SP aujourd’hui : perspectives et nouveaux espoirs

Au-delà des chiffres, de la science ou des symptômes, il y a des histoires humaines. Celles de personnes qui, année après année, ont construit des réponses sur-mesure : aménagement de leur cadre de vie, activités choisies, soutien des proches ou des groupes de parole. Nous savons, après tant de rencontres, que la capacité d’adaptation face à la maladie peut transformer le quotidien, sans jamais nier les difficultés.

Le développement récent de nouveaux traitements et la mobilisation autour de la recherche ouvrent aussi des horizons : la prise en charge personnalisée, la télémédecine, et le partenariat patient-soignant sont aujourd’hui des réalités en France et en Europe.

Accepter la SEP-SP, ce n’est pas renoncer, c’est oser demander du soutien, oser s’informer, oser anticiper. C’est dans le partage, la transmission et la solidarité que chacun peut rester acteur de son parcours, même quand les repères changent.

Si vous souhaitez approfondir certains points, dialoguer ou témoigner, EduSEP met à disposition une équipe et de nombreuses ressources pour vous accompagner, quel que soit votre point d’étape sur ce chemin complexe, parfois rude, mais jamais sans espoir.


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