Regarder la SEP de près : pourquoi et comment suivre son évolution ?

Lorsque la sclérose en plaques (SEP) s’installe dans une vie, une question revient comme un fil rouge : « Où en suis-je ? Où va cette maladie ? ». Suivre son évolution, ce n’est pas seulement regarder des chiffres, des images ou des examens. C’est aussi, et surtout, accompagner chaque patient sur le chemin de sa propre histoire avec la maladie. C’est ce que nous voyons chaque jour, dans le cabinet, dans le partage d’expérience ou dans les gestes du quotidien.

En 2024, la surveillance de la SEP s’est enrichie : l’IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) reste le pilier, mais elle est désormais complétée par des échelles de handicap, des tests fonctionnels et, de plus en plus, par des biomarqueurs. Cette combinaison apporte une lecture à la fois factuelle et humaine — parce que chaque histoire de SEP est unique, mais gagne à s’appuyer sur des repères fiables et compréhensibles.


L’IRM dans la SEP : une fenêtre sur les lésions, mais pas toute l’histoire

L’IRM : l’outil central, mais pas infaillible

L’imagerie par résonance magnétique a révolutionné la prise en charge de la SEP. Elle permet de visualiser les lésions cérébrales et médullaires, leur nombre, leur évolution, leur localisation. Pour beaucoup, ce rendez-vous est une étape source de stress, car il met l’évolution « noir sur blanc ». Mais que lit-on vraiment sur ces images ?

  • Détection précoce : L’IRM peut mettre en évidence des lésions « silencieuses », non ressenties par le patient. En moyenne, il existe dix fois plus de lésions visibles à l’IRM que de poussées ressenties (Haute Autorité de Santé).
  • Fréquence : Après le diagnostic, il est souvent recommandé de réaliser une IRM annuelle, voire semestrielle chez les patients sous certains traitements, ou lors d’un changement de symptômes (Société Francophone de la SEP).
  • IRM cérébrale et médullaire : Les deux examens sont complémentaires. 80% des patients présentent à terme des lésions cérébrales et 60% ont des lésions médullaires, parfois silencieuses mais à fort impact fonctionnel.

Ce que l’IRM n’explique pas

Cependant, l’IRM a ses limites. Il existe un « paradoxe clinico-radiologique » : on peut avoir beaucoup de lésions visibles, mais peu de symptômes, ou l’inverse. Seul un tiers de la progression du handicap s’explique par l’augmentation des anomalies visibles à l’IRM (source : Agence Européenne du Médicament). Le reste dépend des zones touchées, de la plasticité du cerveau, et de facteurs encore mal connus.

Claire, notre neurologue, l’explique souvent : « On doit regarder l’imagerie, mais aussi l’évolution clinique et le vécu. L’IRM est une photo : c’est votre histoire, son contexte, qui en donne la vraie couleur. »


Les échelles de handicap : objectiver sans réduire l’expérience humaine

L’échelle EDSS, mais pas seulement

L’échelle EDSS (Expanded Disability Status Scale) de Kurtzke est la plus utilisée dans le monde pour évaluer le handicap lié à la SEP. Elle va de 0 (aucun trouble) à 10 (décès lié à la maladie). Elle se concentre essentiellement sur la capacité à marcher, ce qui ne reflète pas toujours l’impact global de la SEP.

Comment fonctionne l’EDSS :

  • 0 : Examen neurologique normal
  • 4 : Capable de marcher sans aide ou repos pendant au moins 500 mètres
  • 6 : Nécessite une aide pour marcher (canne ou béquilles)
  • 8 : En fauteuil roulant ou au lit la plus grande partie du temps

Mais de nombreux patients, comme Julien, nous rappellent que la SEP ne se résume pas à la marche : « Mon EDSS a longtemps stagné à 2.5, alors que la fatigue et les troubles cognitifs bouleversaient mon quotidien. » Cela illustre la nécessité d’autres outils.

Diversifier les outils : tests fonctionnels et questionnaires

  • Timed 25-foot walk : Mesure la vitesse de marche sur 7,5 mètres : un marqueur précoce d’une limitation physique.
  • 9-Hole Peg Test : Test de dextérité des mains, essentiel pour les activités de la vie quotidienne.
  • Symbol Digit Modalities Test (SDMT) : Évalue la vitesse de traitement de l’information et détecte précocement des troubles cognitifs (source : National MS Society).
  • Questionnaires de qualité de vie : MSQOL-54, MusiQoL, pour suivre l’impact ressenti de la maladie.

Sophie, notre infirmière, insiste : « Un score, c’est utile, mais c’est sa combinaison avec les ressentis du patient et les petites observations du quotidien — chutes, hésitations, fatigabilité — qui donne du sens à l’évaluation. »


Les biomarqueurs : vers un suivi plus personnalisé ?

Les dernières avancées de la recherche apportent de nouveaux pistes pour objectiver l’évolution de la maladie et adapter les traitements — on parle de biomarqueurs. Ce sont des substances mesurables, dans le sang, le liquide céphalo-rachidien, ou via l’imagerie, qui reflètent l’activité de la maladie et la réponse aux traitements.

Où en est-on ? Les biomarqueurs disponibles et en recherche

Biomarqueur Ce qu’il indique Où le mesurer ? Utilisation actuelle
Chaînes légères des neurofilaments (NfL) Atteinte des neurones Sang, LCR En recherche avancée, certains laboratoires le proposent déjà dans les essais
Oligoclonal bands (bandes oligoclonales) Inflammation chronique du système nerveux LCR Utilisées pour le diagnostic, moins pour le suivi
IRM volumétrique Atrophie cérébrale (perte du tissu cérébral) IRM Bientôt utilisée en clinique pour suivre la progression latente
Médiateurs de l’inflammation (ex : GFAP, cytokines…) Inactivité ou progression de la maladie Sang, LCR En recherche, applications cliniques à venir
  • NfL sanguin : En croissance rapide. Une élévation persistante peut signaler des lésions actives, parfois avant les signes cliniques ou à l’IRM (JAMA Neurology 2019).
  • IRM volumétrique : De nouveaux logiciels analysent le volume de certaines zones du cerveau, pour détecter précocement une progression lente, parfois sans poussée ni nouvelle lésion.

Limites et réalités cliniques

Nous entrons dans une ère où la biologie complète l’évaluation par imagerie et le ressenti du patient. Mais ces outils, bien qu’en progrès, ne sont pas encore parfaits : variabilité des mesures, manque de standardisation, coût, accès limité en dehors des grands centres. C’est aussi pour cela que le dialogue et l’évaluation individuelle restent essentiels.


Synthèse éclairée : croiser les données pour un suivi pertinent

Le suivi de la SEP n’est jamais une simple accumulation de chiffres ou d’images. C’est un croisement de regards : celui du patient, du médecin, de l’équipe soignante, et de plus en plus d’analyses biologiques ou numériques.

  • Pour chaque patient, les priorités varient : prévenir la progression, objectiver des symptômes, ajuster un traitement, comprendre son propre fonctionnement.
  • En pratique, le suivi optimal mêle : IRM régulières, bilans cliniques standardisés (EDSS, tests fonctionnels), questionnaires subjectifs et, à l’avenir, dosages sanguins plus fréquents.
  • L’accompagnement personnalisé est la clé : savoir entendre ce qui n’entre dans aucune case ou échelle, ajuster le suivi à la vie réelle et à ses priorités.

L’objectif ultime ? Que chaque personne vivant avec une SEP ait les moyens de comprendre et de suivre « sa » maladie, de dialoguer avec ses soignants, et d’ajuster ses choix à la lumière de ces données, sans perdre de vue l’humain derrière les résultats.


Sources

  • Haute Autorité de Santé (HAS)
  • Société Francophone de la SEP (SFSEP)
  • National MS Society (NMSS)
  • Agence Européenne du Médicament (EMA)
  • JAMA Neurology (2019)

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