La sclérose en plaques au féminin : un constat indiscutable

Depuis des décennies, les chercheurs du monde entier observent le même phénomène : la sclérose en plaques (SEP) concerne environ trois femmes pour un homme (source : MSIF). Nous sommes souvent interpellés par cette disproportion, à la fois dans nos consultations, nos échanges avec les patients, ou lors de groupes de parole. Si le diagnostic de la SEP bouleverse une vie, il affecte de manière particulière les femmes, de l’annonce à la prise en charge, en passant par la trajectoire familiale et professionnelle. Mais pourquoi cette maladie chronique, auto-immune et si complexe fait-elle une telle différence entre les sexes ?

En se penchant sur les dernières avancées scientifiques, sur les retours d'expérience des patients, et sur la réalité quotidienne vécue, nous proposons dans cet article une analyse approfondie de cette inégalité, avec l’objectif de fournir des clés de compréhension, sans jamais perdre de vue ce qui fait notre engagement : accompagner chacune et chacun vers plus d’autonomie et de compréhension.


Un déséquilibre de genre inscrit dans les chiffres

  • En France : près de 120 000 personnes vivent avec une SEP, dont plus de 75 % sont des femmes (source : Fondation ARSEP).
  • Dans le monde : la proportion est quasi identique, avec près de 2,8 millions de personnes atteintes et une prévalence féminine grandissante depuis les années 1950 (source : Lancet Neurology).
  • Évolution : dans les années 1950, on comptait « seulement » deux femmes pour un homme ; aujourd’hui, ce ratio approche parfois 4 pour 1 dans certains pays développés.

Ce déséquilibre n’a rien d’anecdotique : il interroge la génétique, les hormones, l’environnement et même les aspects sociétaux. Pour mieux saisir ce qui se joue, décomposons les principaux facteurs.


À la croisée de plusieurs facteurs : la SEP, une maladie multifactorielle

La SEP n’a pas de cause unique. Son développement dépend de l’intrication de plusieurs éléments, qui tous semblent jouer différemment selon le sexe :

  • Prédispositions génétiques
  • Rôle du système immunitaire
  • Influence des hormones
  • Facteurs environnementaux
  • Mode de vie, habitudes et exposition à certains risques

Nous allons détailler chacun de ces volets afin de comprendre pourquoi ils touchent plus fréquemment les femmes.


L’immunité féminine, un facteur clé dans la SEP

Le point central dans la SEP est le système immunitaire, qui s’emballe et attaque la myéline, couche protectrice des fibres nerveuses. Ce dérèglement, typique des maladies auto-immunes, est précisément ce qui distingue souvent hommes et femmes.

  • En général, les femmes possèdent un système immunitaire naturellement plus « réactif » que les hommes. Cela leur confère un avantage face à certaines infections… mais augmente aussi le risque de maladies auto-immunes, la SEP en tête.
  • Fait marquant : plus de 80 % des cas de maladies auto-immunes (toutes confondues) concernent les femmes (source : Nature Reviews Immunology).
  • Certains gènes du système immunitaire, présents sur le chromosome X, joueraient un rôle amplificateur. Or les femmes portent deux chromosomes X, contre un X et un Y pour les hommes.

À travers les histoires que nous partageons, nous remarquons aussi que la réponse immunitaire plus vive des patientes peut moduler la sévérité ou la fréquence de certaines manifestations de la SEP. C’est un enjeu majeur pour le suivi médical.


Rôles des hormones féminines : une protection… ambiguë ?

Lorsqu’on aborde la SEP au féminin, la question hormonale revient souvent. Les fluctuations hormonales semblent non seulement influencer le risque de développer la maladie, mais aussi la façon dont elle évolue. Parmi les hormones les plus étudiées :

  • Oestrogènes : Ils modulent le système immunitaire et ont un effet protecteur, particulièrement évident pendant la grossesse où la SEP se stabilise presque toujours.
  • Progestérone : Également impliquée dans la modulation immunitaire, elle joue un rôle dans la réparation de la myéline (source : Frontiers in Neurology).

Certains faits notables :

  • Le risque d’avoir une poussée de SEP est nettement réduit pendant la grossesse, surtout au troisième trimestre. Mais il augmente dans les mois qui suivent l’accouchement (source : The New England Journal of Medicine).
  • Les traitements hormonaux substitutifs à la ménopause pourraient influencer l’évolution de la maladie, mais les études sont encore en cours.

Cet impact hormonal est loin d’être anodin : nombre de patientes témoignent de variations dans leurs symptômes en fonction de leur cycle, de la grossesse ou de la ménopause.


Génétique et SEP : le double X, un avantage ou un risque ?

La génétique joue un rôle, mais pas de façon aussi déterminante qu’on pourrait s’y attendre. La SEP ne se transmet pas directement de parent à enfant, mais certains gènes favorisent l’apparition de la maladie. Ces gènes sont souvent liés :

  • Au système HLA-DRB1 (un « marqueur » immunitaire), très présent chez les femmes atteintes.
  • Au chromosome X, qui porte de nombreux gènes influençant l’immunité.

Avoir deux chromosomes X expose davantage à certains facteurs de risque génétiques, mais peut également offrir des mécanismes de « compensation » qui restent mal connus. Cette complexité explique pourquoi la SEP n’apparaît pas chez toutes les femmes porteuses de ces gènes.


Environnement, société, et modes de vie : le poids du contexte

Aux facteurs biologiques s’ajoute l’influence de l’environnement et des habitudes de vie. Certains éléments sont plus fréquemment retrouvés chez les générations de femmes diagnostiquées ces dernières décennies :

  • Augmentation de la sédentarité chez les jeunes adultes, surtout dans les pays industrialisés.
  • Modification de l’exposition au soleil et donc de la synthèse de vitamine D, dont la carence est un facteur de risque reconnu.
  • Changements dans l’âge des grossesses, l’accès à la pilule contraceptive ou encore au tabagisme féminin (la consommation de tabac a décru chez les hommes, mais augmenté ou stagné chez les femmes ces 40 dernières années – source : OMS).

Une étude de 2015 dans la revue Autoimmune Diseases signale même que l’évolution des modes de vie féminins participerait à l’augmentation de l’incidence de la SEP parmi les femmes, notamment dans certaines régions du globe.


Le ressenti au quotidien : témoignages entre intuition et vécu

Chez EduSEP, nous mettons toujours l’accent sur la réalité vécue, car les chiffres ne disent pas tout. Voici quelques réflexions issues de nos échanges :

  • Certaines femmes expriment une vigilance constante autour de leur santé, ce qui pourrait conduire à un diagnostic plus précoce, mais engendre aussi une charge mentale spécifique.
  • L’annonce de la maladie peut se mêler à des questions liées à la maternité, à la carrière ou à la vie intime, autant de préoccupations qui donnent une coloration particulière au vécu féminin de la SEP.
  • Le regard des proches et des professionnels évolue aussi, le genre influençant parfois le type de soutien proposé ou la façon d’aborder les symptômes « invisibles ».

Ces éléments complètent la vision purement biologique : la SEP se vit, s’affronte et s’apprivoise différemment selon l’histoire, les aspirations et le contexte de vie de chaque femme.


Hommes et sclérose en plaques : une réalité différente, mais pas épargnée

Même s’ils sont moins nombreux, les hommes atteints de SEP ne vivent pas la maladie de la même façon :

  • Les formes progressives, plus rares, sont plus fréquentes chez les hommes que chez les femmes.
  • Il existe parfois une prise en charge médicale ou psychologique moins rapide, en raison du « biais de genre » qui oriente le diagnostic vers d’autres maladies chez les hommes.

Soulignons enfin que les hommes touchés par la SEP voient souvent leur maladie évoluer différemment, avec une progression parfois plus rapide, impliquant des enjeux spécifiques.


Tableau récapitulatif : principaux facteurs influençant l’incidence féminine de la SEP

Facteur Impact chez les femmes Preuves/Indications
Système immunitaire Plus « réactif », meilleur contre les infections, mais plus sujet aux dérèglements auto-immuns 80 % des auto-immunes : femmes (Nature Reviews Immunology)
Hormones Effet modulateur, en particulier des œstrogènes et progestérone Moins de poussées pendant la grossesse (NEJM)
Génétique Deux chromosomes X, certains gènes immunitaires « activés » Présence accrue allèle HLA-DRB1*
Facteurs environnementaux Changements d’habitudes, tabac, UV, carence vitamine D OMS, études épidémiologiques récentes

Perspectives : avancer vers une prise en charge plus personnalisée et inclusive

Comprendre pourquoi la sclérose en plaques touche davantage les femmes que les hommes nourrit la recherche, mais éclaire aussi de nouvelles pistes pour un accompagnement mieux adapté.

Au fil des années, une meilleure prise en compte des spécificités liées au sexe, mais aussi au genre et à l’environnement de vie, permet de mieux cibler la prévention, d’individualiser le suivi, et d’anticiper les défis propres à chacune et chacun. Si vous êtes concerné·e ou proche d’une personne atteinte, rappelez-vous que chaque parcours SEP est unique — et qu’il existe, aujourd’hui, des ressources, des stratégies et des solidarités à activer, quelles que soient les circonstances.

Comme toujours, nous restons à l’écoute, mobilisés pour accompagner chacune et chacun vers une meilleure compréhension et une plus grande autonomie face à la SEP.


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