Pourquoi s’intéresser à l’influence des hormones féminines sur l’immunité ?

S’interroger sur le rapport entre hormones féminines et système immunitaire, c’est explorer la manière dont le corps des femmes dialogue avec les agressions extérieures, mais aussi avec lui-même. De la puberté à la ménopause, en passant par la grossesse, ces variations hormonales constituent une dynamique biologique singulière, parfois bénéfique, parfois source de vulnérabilité. Ce sujet nous concerne concrètement, car il impacte la fréquence, la sévérité et la nature de certaines maladies, en particulier auto-immunes comme la sclérose en plaques (SEP).


Petite cartographie des hormones féminines majeures

Avant d’aller plus loin, reprenons brièvement les acteurs principaux :

  • Œstrogènes : produits principalement par les ovaires, ils orchestrent le cycle menstruel, les caractères sexuels secondaires et une partie de la réponse immunitaire.
  • Progestérone : hormone clé de la deuxième partie du cycle menstruel et de la gestation, elle module également plusieurs aspects immunitaires.
  • Testostérone (en moindre quantité chez la femme) : elle n’est pas l’apanage des hommes et joue aussi un rôle dans l’équilibre immunitaire.

L’immunité : un mécanisme nuancé, influencé par les hormones

Le système immunitaire veille à la protection de l’organisme contre les "agresseurs" (virus, bactéries…). Il faut distinguer deux grandes branches :

  • L’immunité innée : la première ligne de défense, rapide et peu spécialisée.
  • L’immunité adaptative : plus fine, elle fait appel aux lymphocytes (globules blancs spécialisés), à la production d’anticorps, et garde en mémoire les pathogènes déjà rencontrés.

Les hormones influencent à différents niveaux cette réponse, tant sur la rapidité que l’intensité ou encore l’équilibre (un mot clé, car l’immunité trop forte peut s’attaquer à l’organisme lui-même).


Les œstrogènes : une modulation à double tranchant

Les œstrogènes exercent une action complexe sur le système immunitaire. Plusieurs études décrivent leurs effets modulants sur une multitude de cellules immunitaires. Voici quelques repères :

  • À faibles doses, les œstrogènes stimulent l’immunité cellulaire et la production de cytokines pro-inflammatoires.
  • À doses élevées (comme en fin de grossesse), ils encouragent la production de cytokines anti-inflammatoires (source : Endocrine Reviews).
  • Ils affectent la maturation et l’activation des lymphocytes T et B, intervenant dans la tolérance du « soi » (protection de notre propre corps contre une réponse immunitaire inappropriée).

Un fait intéressant : la fluctuation des œstrogènes au cours du cycle menstruel entraîne elle-même des variations du risque d’infection et d’inflammation. Par exemple, certaines femmes notent des poussées d’herpès ou de candidose plus fréquentes à des périodes spécifiques du cycle.


Progestérone : protectrice et apaisante ?

La progestérone est parfois considérée comme une hormone « apaisante » pour l’immunité. Elle agit souvent comme un frein sur la réponse inflammatoire :

  • Elle limite l’activation de certaines cellules immunitaires (comme les lymphocytes T cytotoxiques).
  • Elle favorise la tolérance immunitaire, notamment indispensable pendant la grossesse pour éviter que le système immunitaire maternel ne rejette le fœtus (source : European Journal of Pharmacology).

La progestérone joue également un rôle lors de la deuxième phase du cycle menstruel, ou en période post-ovulatoire, où certaines infections semblent moins fréquentes, preuve de cette modulation.


Pourquoi les maladies auto-immunes sont-elles plus fréquentes chez les femmes ?

Les chiffres sont éloquents : près de 80 % des personnes atteintes de maladies auto-immunes sont des femmes (source : Nature Immunology). Cette disproportion s’explique par un cocktail d’influences, dont :

  • La génétique, notamment via le chromosome X, porteur de nombreux gènes liés à l’immunité.
  • L’environnement, au sens large (alimentation, infections, stress, exposition à des toxines...).
  • Et surtout : l’impact des hormones féminines, qui rendent l’immunité des femmes souvent plus puissante... mais aussi plus susceptible de déraper sous forme d’auto-immunité.

Focus sur la sclérose en plaques et d’autres maladies auto-immunes

Dans la sclérose en plaques (SEP), comme dans d’autres maladies auto-immunes (lupus, polyarthrite rhumatoïde, thyroïdite de Hashimoto...), on observe :

  • Un démarrage souvent à un âge où l’activité hormonale est intense (20-40 ans).
  • Des fluctuations de l’activité de la maladie en lien avec le cycle menstruel, la grossesse ou la ménopause.
  • Un effet « protecteur » de la grossesse sur la fréquence des poussées de SEP : le taux de rechute baisse considérablement, notamment au troisième trimestre (-70 % par rapport à la période pré-grossesse selon l’étude PRIMS, The New England Journal of Medicine, 1998).
  • À l’inverse, un risque temporaire accru de poussée dans les trois à six mois après l’accouchement, quand les taux hormonaux chutent brutalement.
Situation hormonale Impact sur la réponse immunitaire
Puberté Augmentation de l’incidence des maladies auto-immunes chez les filles
Cycle menstruel Fluctuations des symptômes auto-immuns et du risque infectieux
Grossesse Baisse des poussées chez les patientes SEP, augmentation de la tolérance immunitaire
Ménopause Modification du profil immunitaire, parfois aggravation de certaines maladies auto-immunes

Au quotidien : retentissements pratiques et perspectives thérapeutiques

Mieux comprendre la relation entre hormones et immunité, c’est se donner la chance d’anticiper, voire d’agir sur des périodes plus à risque. Voici quelques exemples concrets :

  • Pour les patientes avec SEP : planifier si possible les grossesses et les traitements en lien avec l’équipe soignante, en tenant compte des périodes de moindre ou de plus grande vulnérabilité.
  • Pendant la ménopause : discuter de la pertinence d’un traitement hormonal substitutif (ce sujet reste débattu dans la littérature scientifique, il doit être bien individualisé).
  • Surveillance accrue : identifier les périodes du cycle où certains symptômes s’exacerbent, pour ajuster l’accompagnement ou la médication, si besoin.

Cette logique d’« immunité sous influence » ouvre la porte à des recherches pour des traitements personnalisés : par exemple, des études portent sur l’utilisation ciblée d’œstrogènes de synthèse pour moduler la réponse immunitaire dans la SEP (Endocrine Reviews).


Des témoignages pour éclairer et accompagner

Parfois, la théorie se heurte à notre vécu. De nombreuses femmes témoignent ressentir, avec acuité, un lien entre leurs fluctuations hormonales et les symptômes de leur pathologie auto-immune. Certaines évoquent des poussées lors de la période prémenstruelle, d’autres décrivent une amélioration temporaire pendant la grossesse… Mais toutes expriment le besoin d’être accompagnées, écoutées et informées, loin des généralisations.

À l’hôpital, sur le terrain, dans les échanges entre patientes, il émerge une certitude : mieux connaître les mécanismes en jeu, c’est s’autoriser à composer avec eux, et non plus à les subir.


Pour aller plus loin : une immunité à l’écoute des hormones, des femmes… et du futur

La question de l’influence des hormones féminines sur la réponse immunitaire n’a pas livré tous ses secrets. Les progrès de la recherche – notamment en immunologie, neurologie et endocrinologie – apportent des perspectives d’avenir fascinantes. Des traitements plus fins, adaptés au cycle de vie hormonal, pourraient voir le jour dans les années à venir.

Pour chaque femme, la meilleure stratégie reste une approche personnalisée, proactive, et un dialogue ouvert avec son équipe soignante. Car si le système immunitaire est intimement dépendant des hormones, il demeure, avant tout, le reflet d’une histoire individuelle, unique, et dynamique.

  • Pour aller plus loin : Endocrine Reviews, 2017
  • European Journal of Pharmacology, 2016
  • Nature Immunology, 2012
  • The New England Journal of Medicine, 1998 (étude PRIMS sur la SEP et la grossesse)

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