La myéline, ce mot que l’on entend trop rarement

Dans nos échanges quotidiens à l’hôpital ou lors de rencontres entre patients, un constat revient : on parle souvent de cerveau, de nerfs ou de mémoire, mais plus rarement de la myéline. Pourtant, la myéline est la grande architecte silencieuse de notre système nerveux. Sa présence – ou son absence – a des conséquences directes sur toutes nos fonctions, du simple mouvement à la pensée la plus complexe.

Le but de cet article est de vous faire découvrir ce qu’est cette substance si précieuse, son rôle insoupçonné au cœur de notre santé cérébrale, et pourquoi elle occupe une place centrale dans des maladies comme la sclérose en plaques.


Définir la myéline : une enveloppe, mais bien plus

La myéline est une substance composée, majoritairement, de lipides (environ 70 %) et, pour une part moindre, de protéines (près de 30 %). Concrètement, elle forme une sorte de gaine isolante autour des fibres nerveuses (ou axones) dans le cerveau, la moelle épinière et les nerfs périphériques.

  • Structure : La myéline est produite par des cellules particulières : les oligodendrocytes dans le système nerveux central et les cellules de Schwann dans le système nerveux périphérique.
  • Distribution : Chez l’adulte, on estime que près de 50 % du volume cérébral est composé de substance blanche – ce nom venant justement de la myéline, qui donne leur couleur pâle à ces zones (source : The Lancet Neurology, 2018).

Une image fréquemment utilisée : si le système nerveux était un réseau électrique, la myéline serait l’équivalent du plastique qui isole les fils électriques, évitant les courts-circuits, protégeant l’information, et permettant à l’énergie de circuler à grande vitesse.


À quoi sert la myéline ? Une efficacité redoutable

La myéline ne se contente pas de protéger l’axone : elle booste littéralement la vitesse de l’influx nerveux. En l’absence de myéline, la conduction de l’information est bien plus lente et moins fiable.

  • Transmission accélérée : Grâce à la myéline, le signal électrique saute de “nœud de Ranvier” en “nœud de Ranvier”—un phénomène appelé conduction saltatoire. Résultat : alors qu’un influx nerveux se propage à moins de 2 m/s sur une fibre non myélinisée, il peut atteindre 120 m/s sur une fibre bien myélinisée !
  • Précision et synchronisation : La myéline permet une transmission nette, sans “perte en ligne”, essentielle pour synchroniser des gestes complexes ou coordonner la pensée.
  • Économie d’énergie : Isoler l’axone limite les besoins en énergie des neurones pour envoyer des influx électriques, allégeant le travail cellulaire (source : TED-Ed, The importance of myelin).

Imaginez jouer au piano : ce sont des dizaines de muscles, de signaux sensoriels et de décisions mobilisés chaque seconde. Sans la myéline, tout serait ralenti, les mouvements deviendraient imprécis, désynchronisés – et le morceau de musique serait méconnaissable.


La myéline, pilier des grandes fonctions du cerveau

Le rôle de la myéline ne s’arrête pas à la motricité. Elle est impliquée dans presque toutes nos fonctions cérébrales. Son bon état conditionne la fluidité de nos gestes, mais aussi la rapidité de nos pensées et la solidité de nos souvenirs.

Quelques exemples concrets

  • Apprentissage : De nouvelles fibres myélinisées apparaissent lorsque nous apprenons, notamment chez l’enfant et l’adolescent. C’est ainsi que le cerveau devient plus performant avec l’entraînement (source : Cell, 2014).
  • Mémoire : La formation ou le rappel de souvenirs s’appuie, entre autres, sur des connexions rapides et efficaces – donc bien myélinisées.
  • Régulation des émotions : Les anomalies de la myéline sont observées dans certaines maladies psychiatriques (dépression, schizophrénie), traduisant l’importance de cette membrane dans la stabilité émotionnelle (source : Nature Neuroscience, 2021).

Comment la myéline se forme-t-elle ? Un processus soutenu… et fragile

Notre cerveau crée et entretient la myéline tout au long de la vie, mais avec des dynamiques différentes selon l’âge et les zones cérébrales.

  • Chez l’enfant : La myélinisation démarre in utero (avant la naissance), s’accélère dans la petite enfance, et se poursuit jusqu’à la trentaine pour certaines zones cérébrales (notamment le cortex préfrontal, clé du raisonnement et du contrôle des impulsions).
  • À l’âge adulte : La myéline continue à se renouveler – preuve que nos cerveaux restent “plastiques” toute la vie. On estime que 20 % des oligodendrocytes (cellules produisant la myéline) se renouvellent chaque année chez l’adulte (source : Science, 2013).
  • Effets du vieillissement : Avec l’âge, ce renouvellement ralentit. Certaines maladies accélèrent aussi la perte de myéline.

Ce processus appelle l’équilibre. Trop peu de myéline… et c’est la vulnérabilité. Mais un excès dans des zones inadaptées pourrait troubler la communication neuronale.


Quand la myéline est atteinte : l’exemple de la sclérose en plaques

Dans la sclérose en plaques (SEP), le système immunitaire s’attaque à la myéline. C’est un peu comme si l’isolation des fils électriques s’effritait par endroits, provoquant des “courts-circuits” incontrôlables.

  • Conséquence clinique : Les signaux nerveux ralentissent, se dispersent ou s’interrompent. Cela explique la diversité des symptômes : troubles moteurs, visuels, sensitifs, mais aussi fatigue et ralentissement de la pensée.
  • Chiffres clés : En France, c’est la première cause de handicap non traumatique chez l’adulte jeune (source : Inserm). Plus de 100 000 personnes vivent avec la SEP dans l’Hexagone, dont environ 3 000 nouveaux cas chaque année.

D’autres maladies concernent la myéline : le syndrome de Guillain-Barré ou certaines leucodystrophies (maladies génétiques touchant la myéline chez l’enfant notamment).

Le potentiel de réparation

Bonne nouvelle, dans la SEP, il existe un phénomène appelé “remyélinisation” : certaines lésions peuvent partiellement se réparer, grâce à la mise en route de cellules souches qui fabriquent de la nouvelle myéline. Malheureusement, ce processus est inégal selon les patients, l’âge ou l’ancienneté de la maladie. Les recherches actuelles visent à stimuler cette réparation naturelle (source : Multiple Sclerosis Journal, 2022).


Ce qui abîme la myéline : impact des facteurs environnementaux et du mode de vie

Certaines agressions extérieures – infections, déficit en vitamine D, tabac, pollution – augmentent la vulnérabilité de la myéline. Ce sont notamment des pistes explorées pour mieux comprendre la SEP, mais aussi pour agir en prévention.

  • Le tabac : Fumer augmente le risque d’atteintes démyélinisantes (SEP, neuropathies…).
  • Carences nutritionnelles : Un déficit en vitamine D, acides gras essentiels ou vitamine B12 peut perturber la myélinisation.
  • Le stress chronique : Il pourrait ralentir la production de myéline, selon certaines études, bien que le lien exact reste débattu (source : Frontiers in Cellular Neuroscience, 2018).

En revanche, certains facteurs “protègent” la myéline ou la stimulent :

  • Activité physique régulière
  • Nutrition équilibrée, riches en acides gras oméga 3
  • Expositions modérées au soleil (rôle vitamine D)
  • Hygiène du sommeil

La myéline racontée “de l’intérieur”

Témoignage Perspective
Claire (neurologue) : “On a longtemps pensé que la myéline était une simple gaine. Aujourd’hui, on sait qu’elle parle avec les neurones, qu’elle réagit à l’environnement. C’est un univers fascinant, qui se découvre encore.” Rigueur scientifique, émerveillement devant la complexité du vivant
Julien (patient) : “Je compare souvent la SEP à une panne de wifi dans mon corps : parfois, les signaux ne passent plus du tout, ou alors avec des coupures. Sentir mon pied ‘oublier’ comment marcher, c’est concret… et c’est ma myéline qui parle.” Expérience vécue, image parlante
Sophie (infirmière) : “Au quotidien, prendre soin de sa myéline, c’est prendre soin de soi. Alimentation, exercice, suivi médical régulier : chaque geste compte pour la préserver, surtout quand la SEP s’invite dans la vie.” Praticité, conseils concrets

Progression des connaissances et nouvelles pistes de recherche

Les chercheurs multiplient les pistes pour mieux comprendre et protéger la myéline :

  • Stimuler la remyélinisation (médicaments, greffes de cellules souches, modulation du microbiote intestinal)
  • Détecter plus précocement les dommages grâce à l’imagerie cérébrale avancée (IRM de haute résolution, avec quantification de la myéline)
  • Décrypter les interactions avec le système immunitaire pour approcher au plus juste la cause des maladies démyélinisantes

Ces avancées témoignent d’un espoir : mieux réparer la myéline, c’est permettre à chacun de gagner en autonomie et en qualité de vie.


Perspective : redonner à la myéline la place qu’elle mérite

Il est temps de faire connaître la myéline et d’en prendre soin : elle n’est pas seulement au cœur des maladies, mais au cœur de notre fonctionnement quotidien. Petits ou grands gestes, chaque action qui protège notre cerveau est une façon d’aider cette “gaine vivante” à tenir son rôle de messagère efficace.

La myéline porte en elle une promesse : celle d’un cerveau plus résilient, plus rapide, plus souple. Comprendre sa valeur, c’est déjà reprendre du pouvoir sur sa santé et ouvrir la voie à de nouveaux progrès.

  • Sources : The Lancet Neurology, Cell, Science, Nature Neuroscience, Multiple Sclerosis Journal, Inserm, Frontiers in Cellular Neuroscience, TED-Ed.

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