Plonger au cœur du système nerveux central : la myéline, ce bouclier essentiel

Vivre avec la sclérose en plaques (SEP), c’est apprendre au fil des années à connaître les mystères du système nerveux central. Ce système regroupe cerveau et moelle épinière, là où les signaux circulent à toute vitesse pour piloter les gestes, les sensations, la mémoire… Le bon fonctionnement de cette formidable machinerie repose sur la gaine de myéline.

Cette gaine, fabriquée par des cellules spécialisées appelées oligodendrocytes, fonctionne comme l’isolant entourant un fil électrique. Sans elle, les messages nerveux se propagent plus lentement, voire n’arrivent plus. Dans la SEP, la myéline est attaquée, provoquant troubles moteurs, sensitifs ou cognitifs.

Mais la myéline n’est pas une structure figée : elle possède une étonnante capacité de réparation, appelée remyélinisation. Ce processus est au cœur de nombreux espoirs pour préserver, voire restaurer, les fonctions touchées.


Remyélinisation : de quoi parle-t-on exactement ?

La remyélinisation désigne la restauration de la gaine de myéline autour des axones, ces longs prolongements des neurones. Concrètement, c’est la capacité naturelle du cerveau et de la moelle à « réparer » les zones attaquées, en reconstituant une enveloppe qui protège de nouveau les nerfs.

C’est un processus spontané, mais il n’est ni toujours complet, ni permanent. Selon les études, la remyélinisation survient surtout lors des premières phases de la maladie, avec un taux de réparation pouvant aller jusqu’à 80% lors de certains épisodes précoces (Source : Nature Reviews Neurology, 2022). Mais ce pourcentage diminue avec l’âge et l’évolution de la maladie.

  • Myéline : enveloppe lipidique isolant les axones des neurones
  • Oligodendrocytes : cellules qui synthétisent la myéline
  • Remyélinisation : processus de réparation/restauration de la myéline

Étape par étape : comment se déroule la remyélinisation ?

Pour comprendre comment la remyélinisation opère, suivons le parcours du combattant biologique qui se met en marche après une lésion :

  1. La détection de la lésion :
    • L’inflammation attaque la myéline. Les cellules immunitaires (principalement les macrophages et la microglie) arrivent sur les lieux, nettoient les débris de myéline endommagée.
  2. L’activation des cellules progénitrices d’oligodendrocytes (OPC) :
    • Ces « cellules souches » dormantes existent dans notre système nerveux central, prêtes à intervenir en cas de besoin.
  3. Maturation des OPC en oligodendrocytes matures :
    • Les OPC migrent vers la zone lésée et se différencient en véritables « usines » à myéline.
  4. Formation de nouvelle myéline :
    • Une fois sur place, ces oligodendrocytes enroulent leur membrane autour de l’axone, reformant de la myéline neuve.

Ce mécanisme est finement orchestré par des signaux chimiques et des interactions entre cellules. C’est un ballet sophistiqué, où le rôle de l’environnement cellulaire et de l’inflammation est clé.


Pourquoi la remyélinisation échoue-t-elle parfois dans la SEP ?

(Voix de Claire, médecin) : Nous voyons, dans la pratique, que la remyélinisation fonctionne bien au début de la maladie, mais se « fatigue » ensuite. Plusieurs raisons expliquent cette diminution :

  • Diminution du nombre d’OPC avec l’âge ou l’épuisement, réduisant le réservoir de réparation.
  • Modification de l’environnement cellulaire : l’inflammation chronique « empêche » la maturation des OPC, via des signaux inhibiteurs.
  • Vieillissement cérébral : la capacité de régénération naturelle diminue, tout comme la plasticité neuronale.
  • Accumulation de facteurs inhibiteurs dans les plaques de SEP chroniques, empêchant la différenciation des cellules nécessaires à la fabrication de myéline (Source : Frontiers in Cellular Neuroscience, 2022).

Il existe donc de multiples « freins » qui limitent la réparation, d’où l’intérêt de comprendre finement les mécanismes pour essayer de les lever.


Ce que la science sait déjà — et ce que nous espérons

(Julien, patient expert) : Beaucoup de patients demandent : « Peut-on réparer ce qui a été abîmé ? » Les progrès sont réels. Chez l’animal, des médicaments ou des facteurs de croissance ont permis de relancer la remyélinisation dans des modèles expérimentaux. Chez l’humain, de premiers essais cliniques émergent, notamment avec la clemastine, un antihistaminique qui a montré un début d’efficacité sur la conduction nerveuse (MS Society UK, 2023).

Le défi est immense, mais il se joue sur plusieurs axes :

  • Stimuler les OPC pour augmenter leur production dans le cerveau.
  • Favoriser leur maturation malgré l’inflammation, en modulant les signaux chimiques au sein des zones lésées.
  • Protéger les axones eux-mêmes : car même une remyélinisation « parfaite » ne remplace jamais entièrement la structure initiale.

Quelques chiffres :

  • Près de 85% des nouvelles plaques de SEP semblent montrer un début de remyélinisation au début de la maladie (Source : Brain, 2016).
  • Mais la formation de « shadow plaques » (zones remyélinisées, mais plus fines) traduit la difficulté à obtenir une réparation identique à la myéline originale.

Les gestes du quotidien pour accompagner la remyélinisation

(Sophie, infirmière) : La science avance, mais que peut-on déjà mettre en pratique au quotidien ? Aucune magie, mais des gestes qui aident :

  • Soigner l’inflammation : Les traitements de fond de la SEP réduisent la fréquence des poussées et peuvent laisser plus de « temps » à la réparation.
  • Maintenir l’activité physique : Chez l’animal, l’exercice favorise la croissance des OPC et stimule leur maturation (Source : Nature Neuroscience, 2019).
  • Bénéficier d’une alimentation équilibrée : Même si aucun régime n’accélère la remyélinisation, le contrôle des facteurs de risque vasculaire (cholestérol, diabète) favorise une bonne santé cérébrale.
  • Protéger le sommeil : La réparation cellulaire se déroule préférentiellement la nuit.

Nous voyons chaque jour des patients qui, en misant sur la régularité et la bienveillance envers eux-mêmes, mettent toutes les chances de leur côté pour préserver leur capital nerveux.


Zoom sur les perspectives thérapeutiques innovantes

Voici ce que la recherche développe actuellement :

  • Médicaments pro-remyélinisants : Testés en clinique, ils visent à « réveiller » les OPC (ex : clemastine, opicinumab…)
  • Thérapies cellulaires : Greffes de cellules souches dans le système nerveux central (plutôt au stade expérimental à ce jour).
  • Approches génétiques : Pour corriger les signaux inhibiteurs de l’environnement des lésions.

Précisons cependant qu’aucune de ces approches n’est aujourd’hui disponible hors protocole, et que leur efficacité varie selon les formes de SEP et le stade de la maladie.

Therapie Avancée Commentaires
Clemastine Phase II Amélioration modeste de la conduction nerveuse dans certains essais
Opicinumab Phase II Effets variables selon les patients (Source : The Lancet Neurology, 2017)
Cellules souches Expérimental Utilisé surtout dans le cadre de recherches pour patients avec SEP progressive

Quelques pistes d’espoir pour la communauté SEP

Les promesses de la remyélinisation sont déjà visibles chez certains patients, en tout début de maladie, qui récupèrent parfois presque totalement après une poussée. Mais l’enjeu est de « démocratiser » cette réparation pour tous les stades de la maladie.

  • Multiplier les facteurs favorisant la réparation (traitements individuels, environnement propice…)
  • Mieux comprendre pourquoi certains patients récupèrent mieux que d’autres
  • Créer un dialogue entre biologie, vécu patient et innovations concrètes

La remyélinisation, aujourd’hui, reste un formidable moteur d’espoir, d’autonomie et de progrès. Si elle n’efface pas tout, elle rappelle que le cerveau conserve, même blessé, des ressources insoupçonnées. Accompagner, informer, partager : voilà, ensemble, ce qui nous permet d’avancer chaque jour vers un avenir où réparation et qualité de vie iront de pair.


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