Pour comprendre la progression de la SEP, il faut dissocier – puis relier ! – deux mécanismes principaux : l’inflammation et la neurodégénérescence.
- L’inflammation, c’est le système immunitaire qui s’emballe. Il attaque la myéline, l’enveloppe protectrice des fibres nerveuses.
- La neurodégénérescence, c’est la souffrance progressive – et parfois silencieuse – des neurones eux-mêmes, avec ou sans “poussée” apparente.
Au début, l’inflammation domine : ce sont les fameuses “poussées” (ou rechutes), signes visibles de l’attaque. Puis, avec le temps, la neurodégénérescence s’installe. On parle alors de progression silencieuse. Ces deux dimensions interagissent, mais n’obéissent pas forcément aux mêmes lois ni au même rythme.
Inflammation : des poussées à l’installation d’une inflammation chronique
Les premières années, chez 85 % des personnes, la SEP se manifeste par des épisodes aigus, puis des phases de récupération partielle ou quasi-totale (SEP “récurrente-rémittente”). La cause ? Un dérèglement du système immunitaire. Les lymphocytes – des globules blancs spécialisés – franchissent la barrière hémato-encéphalique, qui protège normalement le cerveau et la moelle épinière. Ils attaquent la myéline : c’est la démyélinisation.
Avec le temps, le système immunitaire persiste dans ce comportement “ennemi”. L’inflammation devient plus diffuse, s’installe au sein du cerveau et de la moelle de façon permanente, bien que moins flamboyante. Cela se manifeste alors par une accumulation lente mais continue du handicap, sans poussée clairement identifiable.
Neurodégénérescence : l’autre face, souvent silencieuse
Parallèlement, la perte de myéline expose les fibres nerveuses qui, à la longue, se dégradent – c’est la neurodégénérescence. Les neurones ne sont plus protégés. Ils deviennent plus vulnérables aux agressions, y compris au stress oxydatif et à l’accumulation de toxines cellulaires. Les réserves de “plasticité” du cerveau s’épuisent peu à peu. C’est ce phénomène qui explique la possible aggravation, même sans poussée.
- Dès la phase initiale, la neurodégénérescence commence discretement, même si elle n'est perceptible ni cliniquement ni à l’IRM.
- Avec l’âge ou après des années de maladie, le phénomène prend le dessus.
On comprend aujourd’hui que cette “double mécanique” justifie la nécessité d’agir vite sur l’inflammation, pour préserver à long terme les neurones. Les traitements précoces peuvent ainsi retarder significativement la progression vers la phase progressive (selon les données de l’étude MSBase 2022).