Comment et pourquoi la sclérose en plaques peut-elle changer de forme ?
La sclérose en plaques (SEP) n’est pas une entité unique. Au contraire, même si le nom “SEP” est commun, il recouvre plusieurs formes qui n’ont pas...
La sclérose en plaques (SEP) intrigue par sa complexité et sa diversité. Depuis des décennies, chercheurs et soignants s’interrogent : pourquoi cette maladie touche-t-elle trois fois plus souvent les femmes que les hommes ? La génétique, et surtout le rôle du chromosome X, serait-elle une pièce centrale de ce puzzle ? À travers cet article, nous vous invitons à explorer ce lien singulier et à comprendre ce que la science nous apprend – et ce qu’elle ignore encore.
La SEP n’est pas une maladie purement génétique. Elle naît d’une combinaison complexe d’influences : facteurs environnementaux, infections virales (notamment le virus d’Epstein-Barr), habitudes de vie... Mais la génétique joue un rôle important. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : avoir un parent de premier degré atteint de SEP multiplie par 15 à 20 le risque de développer la maladie par rapport à la population générale (JAMA Neurology, 2018).
Pourtant, la SEP ne suit pas un schéma simple de transmission héréditaire : bien plus de 200 variations génétiques ont été identifiées comme augmentant légèrement le risque (International Multiple Sclerosis Genetics Consortium, Nature, 2015).
Cet élément du patrimoine génétique porte un demi-millier de gènes, dont certains jouent un rôle dans la régulation du système immunitaire. Les femmes possèdent deux chromosomes X, les hommes un seul (et un chromosome Y). Ce déséquilibre apparent influe-t-il sur le développement de SEP ? La question n’est pas anodine.
Le soupçon d’un rôle du chromosome X dans la SEP naît de deux constats :
Chez les femmes, l’un des deux chromosomes X est en grande partie « inactivé » dans chaque cellule. Cependant, certains gènes échappent à cette inactivation, et il existe également une variabilité d’une cellule à l’autre. Ce phénomène peut-il expliquer la surreprésentation féminine ? Plusieurs hypothèses coexistent.
Dans de très rares familles, des scientifiques ont observé une transmission compatible avec une hérédité liée à l’X, notamment pour des formes précoces ou sévères de SEP (JAMA Neurology, 1998). Cependant, ces cas demeurent exceptionnels.
La plupart des grandes études génétiques sur la SEP mettent en avant une contribution du chromosome 6 (région du complexe majeur d’histocompatibilité ou HLA), mais une dizaine de variantes du chromosome X ont aussi été identifiées comme influentes, bien que leur effet soit modeste. Sur plus de 200 facteurs génétiques repérés, seule une faible proportion concerne le chromosome X (Nature Communications, 2020).
Plusieurs gènes du chromosome X moduleraient la réaction des lymphocytes (cellules du système immunitaire) et la production de certaines cytokines, messagères de l’inflammation. Leur influence serait additive, pas déterminante seule. Autrement dit, il existe probablement une « susceptibilité liée au X », combinée à d’autres facteurs génétiques et environnementaux.
La réponse n’est pas univoque. Génétique, hormones, exposition environnementale : tout s’entremêle.
| Facteur | Effet potentiel | Sexe concerné |
|---|---|---|
| Nombre de chromosomes X | Variabilité génétique accrue, expression différentielle de certains gènes | Femmes |
| Hormones sexuelles | Influence la réponse immunitaire | Femmes & Hommes |
| Facteurs environnementaux (tabac, EBV...) | Modifie le risque indépendamment du sexe | Femmes & Hommes |
Claire (neurologue): « Ce que nous savons, c’est que la SEP n’est pas une maladie “génétique” au sens classique : il n’y a pas de mutation unique transmise. Toutefois, nos recherches montrent que la présence de certains gènes sur le chromosome X, combinée à d’autres facteurs, augmente légèrement le risque. Rassurons-nous : beaucoup de femmes porteuses de ces gènes ne développeront jamais la SEP. »
Julien (patient expert): « Savoir que la SEP n’est pas strictement héréditaire a été un soulagement. Je me pose évidemment la question pour ma fille, mais je garde à l’esprit que l’hygiène de vie, la prévention et le suivi jouent autant, sinon plus, que la génétique. C’est une maladie qui ne se résume pas à une case sur un arbre généalogique. »
Sophie (infirmière): « Pour les patientes, l’idée que le chromosome X puisse être impliqué suscite parfois de l’inquiétude. Je prends le temps d’expliquer que, même avec une prédisposition, rien n’est figé. Prendre soin de soi, comprendre la SEP, c’est déjà agir. »
La liste des gènes de susceptibilité s’étend chaque année, mais aucun test génétique ne permet aujourd’hui de prédire, à coup sûr, le développement d’une SEP. L’étude du chromosome X ouvre une fenêtre : peut-être est-ce par de subtiles différences de régulation immunitaire, chez les femmes, que la maladie se déclare plus souvent.
Dans la pratique, comprendre les mécanismes liés au chromosome X peut ouvrir la voie à des traitements plus personnalisés à l’avenir.
La génétique de la SEP reste en pleine exploration. Pour les patients comme pour les familles, il peut être rassurant de retenir l’essentiel :
Pour aller plus loin : - MSIF.org - Le rôle de la génétique dans la SEP - Moussion pédiatrie - SEP et génétique
Notre engagement reste clair : informer sans alarmer, donner du sens à la complexité, et accompagner chacun, quel que soit son parcours, vers une meilleure autonomie et une meilleure estime de soi avec la SEP.