Comment et pourquoi la sclérose en plaques peut-elle changer de forme ?
La sclérose en plaques (SEP) n’est pas une entité unique. Au contraire, même si le nom “SEP” est commun, il recouvre plusieurs formes qui n’ont pas...
La sclérose en plaques (SEP) touche environ 2,8 millions de personnes dans le monde (MS International Federation). Parmi elles, près de trois patients sur quatre sont des femmes. Une donnée qui n’est pas un hasard, mais résulte en grande partie des différences profondes qui existent entre le système immunitaire du corps féminin et celui du corps masculin. Qu’est-ce qui explique cette disparité ? Pour y voir plus clair, prenons le temps de revenir sur les fondamentaux.
Comprendre ces déterminants, c’est déjà se donner des clés pour mieux appréhender le vécu de ceux et celles confrontés à la maladie.
La sclérose en plaques est une pathologie auto-immune, ce qui signifie que le système immunitaire s’attaque à ses propres cellules : il cible ici la myéline, l’enveloppe protectrice des nerfs. Or, la majorité des maladies auto-immunes—asthme, lupus, polyarthrite rhumatoïde—touche essentiellement les femmes.
D’après l’Inserm, 75 % des cas de SEP concernent des femmes, et la maladie débute souvent entre 20 et 40 ans. Cette “préférence” féminine interroge la recherche depuis plusieurs décennies.
Julien, patient SEP : “Je me souviens du jour où on m’a dit que la SEP touchait davantage les femmes. Ça m’a aidé à comprendre pourquoi, dans mes groupes de parole, il y avait toujours plus de femmes que d’hommes. Mais ce n’est pas qu’une question de statistiques : ces différences ont des répercussions sur notre façon de vivre la maladie.”
Alors, pourquoi ? Plusieurs pistes émergent :
C’est tout cet équilibre, parfois fragile, qui peut expliquer une certaine vulnérabilité face à la SEP.
Chez les hommes, la SEP reste moins fréquente, mais certains aspects méritent d’être soulignés :
Claire, neurologue : “Ces différences ne sont pas anecdotiques. Elles guident notre manière de surveiller, de traiter, de protéger nos patients hommes, notamment en restant très attentif à l’évolution de leur état fonctionnel.”
Les études se multiplient pour comprendre ce qui, dans la biologie féminine et masculine, module l’immunité et la maladie.
Sophie, infirmière : “Dans la pratique, ces différences s’observent aussi lors du suivi : certains effets secondaires sont plus fréquents selon le sexe, et le vécu du traitement peut vraiment différer. Nous y sommes particulièrement attentifs lors de l’accompagnement.”
Au-delà de la biologie, c’est aussi la façon de traverser la maladie qui diffère. La SEP, selon le sexe, impose des défis spécifiques — mais aussi des opportunités d’adaptation.
| Aspect | Femmes | Hommes |
|---|---|---|
| Fréquence de la SEP | ~75% | ~25% |
| Âge moyen d’apparition | 30 ans (souvent plus précoce) | 33-35 ans |
| Type dominant de SEP | Forme rémittente (poussées/rémissions) | Forme progressive |
| Symptômes initiaux | Sensibilité, troubles visuels, fourmillements | Troubles moteurs, marche |
| Risque d’autres maladies auto-immunes | Élevé | Moins élevé |
| Impact hormonal | Cycle, grossesse, ménopause | Moins marqué, mais testostérone impliquée |
Julien : “On ne vit pas sa SEP de la même manière quand on est une femme en âge de procréer qui doit jongler entre traitement et projet de bébé, ou quand on est un homme pour qui la maladie remet en question la mobilité et la vie active.”
Sophie : “Chaque parcours est singulier, mais plus on intègre tôt ces particularités, meilleure sera la prise en charge et l’accompagnement au quotidien.”
Mieux connaître l’influence du sexe sur l’immunité, c’est lever le voile sur les mécanismes intimes de la maladie, et ouvrir la voie à des soins vraiment personnalisés. La recherche avance vite, mais déjà, comprendre que l’on n’est pas tous égaux face à l’auto-immunité, c’est une clé pour mieux vivre avec sa SEP — en tant que patient, proche ou soignant. Le chemin vers plus d’équité thérapeutique, de prévention ciblée et d’accompagnement respectueux de l’identité et du vécu de chacun est tracé.
Sur EduSEP, c’est notre conviction : plus la connaissance circule, plus l’espoir grandit — et plus chacun peut trouver sa juste place face à la maladie, qu’il soit femme ou homme.