Les bases : Qu’est-ce qui distingue le système immunitaire féminin du masculin ?

La sclérose en plaques (SEP) touche environ 2,8 millions de personnes dans le monde (MS International Federation). Parmi elles, près de trois patients sur quatre sont des femmes. Une donnée qui n’est pas un hasard, mais résulte en grande partie des différences profondes qui existent entre le système immunitaire du corps féminin et celui du corps masculin. Qu’est-ce qui explique cette disparité ? Pour y voir plus clair, prenons le temps de revenir sur les fondamentaux.

  • Génétique : Les chromosomes sexuels influencent la fonction immunitaire. Les femmes possèdent deux chromosomes X ; or beaucoup de gènes liés à l’immunité sont portés par le chromosome X.
  • Hormones : L’œstrogène et la progestérone (hormones féminines) modulent l’activité immunitaire différemment de la testostérone (hormone masculine), qui tend à ralentir l’immunité.
  • Réactions immunitaires : Les femmes développent plus aisément des réponses immunitaires puissantes, ce qui les protège mieux contre certaines infections… mais augmente aussi les risques de maladies auto-immunes, comme la SEP.

Comprendre ces déterminants, c’est déjà se donner des clés pour mieux appréhender le vécu de ceux et celles confrontés à la maladie.


Une maladie auto-immune, à la croisée des genres

La sclérose en plaques est une pathologie auto-immune, ce qui signifie que le système immunitaire s’attaque à ses propres cellules : il cible ici la myéline, l’enveloppe protectrice des nerfs. Or, la majorité des maladies auto-immunes—asthme, lupus, polyarthrite rhumatoïde—touche essentiellement les femmes.

D’après l’Inserm, 75 % des cas de SEP concernent des femmes, et la maladie débute souvent entre 20 et 40 ans. Cette “préférence” féminine interroge la recherche depuis plusieurs décennies.

  • Les maladies auto-immunes sont en général 2 à 10 fois plus fréquentes chez les femmes (National Institutes of Health).
  • Pour la SEP, la proportion femmes/hommes est d’environ 3 pour 1 dans les pays occidentaux — ce chiffre a d’ailleurs doublé en 50 ans.

Pourquoi les femmes sont-elles davantage concernées ? Focus sur l’immunité

Julien, patient SEP : “Je me souviens du jour où on m’a dit que la SEP touchait davantage les femmes. Ça m’a aidé à comprendre pourquoi, dans mes groupes de parole, il y avait toujours plus de femmes que d’hommes. Mais ce n’est pas qu’une question de statistiques : ces différences ont des répercussions sur notre façon de vivre la maladie.”

Alors, pourquoi ? Plusieurs pistes émergent :

  • Hormones sexuelles : L’œstrogène stimule la production d’anticorps et l’activation des lymphocytes (cellules immunitaires clés), tandis que la testostérone a tendance à calmer l’inflammation.
  • Variations au fil de la vie : Les femmes voient leur immunité évoluer avec le cycle, la grossesse et la ménopause. Ces périodes peuvent influencer la survenue ou l’évolution de la maladie (ex : poussées parfois moins fréquentes pendant la grossesse, puis rebond après l’accouchement—détaillé dans une étude du New England Journal of Medicine).
  • Réponse immunitaire plus robuste : Les femmes produisent des taux plus élevés d’anticorps lors d’infections ou de vaccinations—un effet bénéfique contre les virus, mais un terrain favorable aux dérèglements auto-immuns.

C’est tout cet équilibre, parfois fragile, qui peut expliquer une certaine vulnérabilité face à la SEP.


Quand la SEP se déclare chez l’homme : traits distinctifs et impacts

Chez les hommes, la SEP reste moins fréquente, mais certains aspects méritent d’être soulignés :

  • Début de la maladie souvent plus tardif : Les premiers signes apparaissent en moyenne 2 à 3 ans plus tard que chez les femmes (Brain, 2017).
  • Formes plus progressives : Les hommes sont davantage sujets à la forme « progressive » de SEP, avec une évolution lente mais continue, parfois sans poussées clairement identifiées.
  • Affectation motrice et pronostic : Les atteintes motrices (faiblesse, troubles de la marche) sont plus marquées, et la progression du handicap physique est souvent plus rapide chez les hommes.

Claire, neurologue : “Ces différences ne sont pas anecdotiques. Elles guident notre manière de surveiller, de traiter, de protéger nos patients hommes, notamment en restant très attentif à l’évolution de leur état fonctionnel.”


Un regard sur la recherche scientifique : On en est où ?

Les études se multiplient pour comprendre ce qui, dans la biologie féminine et masculine, module l’immunité et la maladie.

  • L’empreinte des chromosomes : Le chromosome X, présent en double exemplaire chez la femme, porte plus de 1 000 gènes dont beaucoup participent à la régulation immunitaire (Nature Reviews Immunology). Chez l’homme, la présence unique du chromosome X, associée au chromosome Y, limite cette capacité de régulation complexe.
  • Rôle des hormones : Des travaux récents explorent la possibilité que la testostérone protège en partie de la SEP. Certains médecins investiguent même sur l’intérêt d’apports de testostérone pour ralentir la progression chez les hommes (Multiple Sclerosis Journal).
  • Immunothérapie personnalisée : À terme, la prise en compte du sexe biologique pourrait orienter la sélection de traitements (nombreux essais en cours, voir ClinicalTrials.gov).

Sophie, infirmière : “Dans la pratique, ces différences s’observent aussi lors du suivi : certains effets secondaires sont plus fréquents selon le sexe, et le vécu du traitement peut vraiment différer. Nous y sommes particulièrement attentifs lors de l’accompagnement.”


Vivre avec la SEP selon qu’on est un homme ou une femme : les dynamiques au quotidien

Au-delà de la biologie, c’est aussi la façon de traverser la maladie qui diffère. La SEP, selon le sexe, impose des défis spécifiques — mais aussi des opportunités d’adaptation.

Aspect Femmes Hommes
Fréquence de la SEP ~75% ~25%
Âge moyen d’apparition 30 ans (souvent plus précoce) 33-35 ans
Type dominant de SEP Forme rémittente (poussées/rémissions) Forme progressive
Symptômes initiaux Sensibilité, troubles visuels, fourmillements Troubles moteurs, marche
Risque d’autres maladies auto-immunes Élevé Moins élevé
Impact hormonal Cycle, grossesse, ménopause Moins marqué, mais testostérone impliquée

Julien : “On ne vit pas sa SEP de la même manière quand on est une femme en âge de procréer qui doit jongler entre traitement et projet de bébé, ou quand on est un homme pour qui la maladie remet en question la mobilité et la vie active.”


Quelques repères pratiques : accompagner avec soin, selon le sexe

  • Chez les femmes :
    • Accompagnement spécifique lors des grossesses : adaptation temporaire de certains traitements, préparation à la période post-partum où les risques de poussée augmentent.
    • Sensibilisation aux co-morbidités auto-immunes (thyroïde, lupus, etc.).
    • Dialoguer ouvertement sur la contraception, la ménopause, la gestion de la fatigue.
  • Chez les hommes :
    • Surveillance accrue de la motricité : kinésithérapie, anticipation des adaptations du domicile au fil du temps si besoin.
    • Prise en charge précoce des formes progressives, avec un suivi rapproché pour limiter la perte d’autonomie.
    • Aborder sans tabou les troubles sexuels, parfois négligés dans le dialogue.

Sophie : “Chaque parcours est singulier, mais plus on intègre tôt ces particularités, meilleure sera la prise en charge et l’accompagnement au quotidien.”


Vers une SEP mieux comprise, mieux vécue

Mieux connaître l’influence du sexe sur l’immunité, c’est lever le voile sur les mécanismes intimes de la maladie, et ouvrir la voie à des soins vraiment personnalisés. La recherche avance vite, mais déjà, comprendre que l’on n’est pas tous égaux face à l’auto-immunité, c’est une clé pour mieux vivre avec sa SEP — en tant que patient, proche ou soignant. Le chemin vers plus d’équité thérapeutique, de prévention ciblée et d’accompagnement respectueux de l’identité et du vécu de chacun est tracé.

Sur EduSEP, c’est notre conviction : plus la connaissance circule, plus l’espoir grandit — et plus chacun peut trouver sa juste place face à la maladie, qu’il soit femme ou homme.


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