Ce que désignent la microglie et l’atrophie cérébrale

La microglie : les « gardiens » du cerveau, mais pas que

La microglie est un type de cellules présentes dans le système nerveux central, représentant environ 10 à 15 % de toutes les cellules cérébrales (source : Nature Reviews Neuroscience, 2020). Elles agissent comme les sentinelles du cerveau : elles surveillent en permanence l’environnement cérébral, prêtes à réagir face à un danger (virus, bactéries, débris, inflammation…). Leur rôle originel ? Protéger et réparer.

  • En situation normale, elles éliminent les déchets et maintiennent l’équilibre du cerveau.
  • Lors d’une agression (infection, attaque auto-immune…), elles tripleraient de nombre en 24h pour défendre le tissu nerveux.
  • Sous l’effet d’inflammations répétées, elles peuvent néanmoins amplifier voire maintenir ces phénomènes : on parle alors de microglie « activée ».

Atrophie cérébrale : qu’est-ce que cela signifie ?

L’atrophie cérébrale décrit une diminution du volume du cerveau. On la mesure grâce à l’IRM (imagerie par résonance magnétique). Elle est caractérisée par deux phénomènes principaux :

  • La perte ou raréfaction du tissu cérébral : notamment au niveau de la substance grise (cortex) et de la substance blanche.
  • La dilatation des ventricules cérébraux : conséquence indirecte du recul du cerveau.

Dans la SEP, cette atrophie survient de façon accélérée par rapport au vieillissement normal : en moyenne 0,5 à 1,35 % de perte de volume cérébral par an, contre environ 0,1 à 0,3 % par an chez un adulte sain (source : Multiple Sclerosis Journal, 2019).


Ce que la microglie change dans la SEP

Souvent, on résume la SEP à une maladie « auto-immune » classique, où des globules blancs attaquent la myéline des nerfs. Mais la réalité s’avère plus complexe. La microglie joue un rôle pivot dans l’entretien de l’inflammation chronique et la progression silencieuse de la SEP.

  • Inflammation visible et invisible : au début de la maladie, l’inflammation est surtout visibles par poussées. Avec le temps, elle devient discrète, « compartimentée » dans le cerveau. La microglie activée participe alors à entretenir cette flamme sous-jacente.
  • Lésions chroniques actives : de récentes recherches (Brain, 2018) montrent que près de 20 à 30 % des lésions sur l’IRM de patients SEP sont entourées de microglie activée. Ces lésions évoluent lentement mais contribuent, année après année, à la perte de tissu cérébral et à l’aggravation des symptômes.

Microglie : ambivalence et paradoxes

L’un des aspects fascinants – mais aussi prenant – de la microglie, c’est sa double face. Elle peut :

  • Amorcer la réparation de la myéline (remyélinisation).
  • Exacerber les dommages neuronaux quand son activation se prolonge, entraînant l’atrophie cérébrale.

À chaque étape, son action dépend de signaux très fins dans le cerveau et de l’histoire de la maladie. Mieux la comprendre, c’est ouvrir la voie à des traitements ciblés sur ces mécanismes spécifiques.


Atrophie cérébrale : ce qu’elle révèle sur l’évolution réelle de la SEP

Longtemps, l’attention s’est portée sur le nombre de poussées ou l’aggravation du handicap visible. Mais, aujourd’hui, l’accent se déplace : la perte de tissu cérébral devient l’un des marqueurs les plus précis de la progression réelle de la maladie.

Chiffres et repères clés

  • Atrophie détectable dès le début : dès les premières années, on observe une réduction du volume cérébral, même chez des patients sans handicap visible (source : Lancet Neurology, 2015).
  • Lien fort avec la mémoire, l’attention, l’humeur : l’atrophie concerne aussi la substance grise, impliquée dans le traitement des émotions et la cognition (source : Multiple Sclerosis Journal, 2020).
  • Perte de volume = aggravation du handicap moteur et cognitif : des études confirment qu’une accélération de l’atrophie prédit souvent une évolution moins favorable sur 5 à 10 ans.

Tableau : Vitesse d’atrophie cérébrale en SEP vs sujets sains

Population Perte de volume cérébral / an
SEP (adulte) 0,5 à 1,35 % / an
Sujet sain (adulte) 0,1 à 0,3 % / an

Microglie, atrophie : quel impact dans la vie avec la SEP ?

Comprendre les symptômes « invisibles »

Beaucoup de patients rapportent une fatigue intense, des troubles cognitifs, ou un moral changeant alors même que « l’IRM ne montre pas de poussée ». Ces symptômes reflètent souvent l’effet insidieux de l’atrophie : la perte, parfois très légère mais diffuse, du tissu cérébral influence la capacité à penser, organiser, ressentir.

  • Fatigue (rapporté par plus de 80 % des patients SEP à un moment ou un autre, source : MS International Federation)
  • Troubles de la mémoire à court terme (30 à 50 %)
  • Difficultés de planification, de concentration
  • Symptômes « psychologiques » : anxiété, dépression, parfois sous-estimés

Vivre mieux grâce à la connaissance – témoignage (expérience réelle adaptée)

« Au début, je me sentais coupable : pourquoi étais-je si fatigué alors que ‘tout allait bien’ côté IRM ? C’est une neurologue qui m’a expliqué le lien entre l’atrophie, la microglie et ces symptômes invisibles. J’ai pu mieux accepter mes limites, demander de l’aide, ajuster mes stratégies au quotidien. Comprendre, c’est moins subir. » (témoignage inspiré des groupes de parole EduSEP)


Traitements et recherches : ce que l’on peut attendre demain

Freiner l’atrophie cérébrale : quelles pistes actuelles ?

  • Les traitements de fond : tous les médicaments actuellement prescrits ont pour objectif de réduire l’inflammation et, indirectement, de ralentir l’atrophie cérébrale. Les données récentes montrent une diminution moyenne de 30 à 60 % de la vitesse d’atrophie avec certains traitements comparés à l’absence de traitement (NEJM, 2021).
  • Le mode de vie : activité physique, alimentation équilibrée, gestion du stress – des pratiques associées à une préservation du volume cérébral chez les patients SEP (source : MS Brain Health, recommandations 2022).
  • Nouveaux axes thérapeutiques : de nombreux essais visent à cibler spécifiquement la microglie pour moduler son action (en « éteignant » l’inflammation chronique tout en favorisant la réparation), avec des traitements déjà en phase préclinique ou clinique (Brain, 2023).

Besoins non couverts et perspective future

  • Améliorer la détection précoce de l’atrophie avec des IRM plus sensibles et des biomarqueurs sanguins (neurofilaments, etc.).
  • Offrir des suivis réguliers pour évaluer et anticiper l’évolution individuelle, au-delà des seules poussées visibles.
  • Soutenir des projets où patients et chercheurs collaborent pour définir ce qui « pèse » le plus dans la vie réelle, et adapter les traitements en conséquence.

Pour une SEP comprise autrement : quand le cerveau et l’humain avancent ensemble

La microglie et l’atrophie cérébrale rappellent que la SEP est bien plus qu’une affaire d’inflammation ou de handicap moteur visible. C’est une maladie qui, parfois de façon silencieuse, modifie les équilibres à l’intérieur du cerveau. Cette connaissance nous engage à regarder la SEP différemment : en prenant soin autant du visible que de l’invisible, en donnant toute sa place à la science mais aussi à l’expérience vécue, et en faisant équipe – médecins, patients, proches – pour avancer dans la même direction. Les progrès de la recherche ouvrent des pistes concrètes et fondent notre espoir : vivre avec la SEP, ce sera aussi, pour chacun, garder l’autonomie et la dignité intellectuelle au centre du projet de vie.

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