Ce que signifie « neurodégénérescence » dans la SEP

Quand on parle de la sclérose en plaques (SEP), le mot "neurodégénérescence" revient souvent. Il désigne les processus qui entraînent une perte progressive des neurones et de leurs prolongements, entraînant ainsi une diminution des fonctions cérébrales et nerveuses. Mais qu’est-ce que cela veut dire, concrètement, dans la maladie de la SEP ? Pourquoi cette étape se produit-elle, et que change-t-elle dans le vécu des personnes concernées ?

La SEP est connue pour provoquer, dès le début, des poussées inflammatoires qui attaquent la myéline (l’enveloppe protectrice des nerfs). Mais au fil du temps, et parfois même assez précocement, un autre mécanisme se met en place : celui de la dégénérescence progressive, plus discrète mais tout aussi déterminante dans l’évolution de la maladie.


Du processus immunitaire à la neurodégénérescence : l’enchaînement des mécanismes

Claire, neurologue : « On commence souvent à parler de neurodégénérescence lorsqu’il devient évident que la phase purement inflammatoire (les "poussées") ne suffit plus à expliquer l’aggravation des symptômes. C’est le moment où la maladie évolue, même sans nouvelles poussées visibles. »

  • Inflammation initiale : Le système immunitaire attaque la myéline, provoquant des lésions. C’est la phase des poussées. (Source : Inserm, Fondation ARSEP)
  • Remyélinisation : Le cerveau tente de réparer, mais ces réparations sont souvent insuffisantes ou de moins en moins efficaces avec les années.
  • Atteinte des neurones et axones : Progressivement, les lésions ne touchent plus seulement la myéline mais aussi les neurones eux-mêmes. C’est là qu’on parle de neurodégénérescence.

Ces mécanismes agissent souvent en parallèle. D’après la littérature scientifique, la dégénérescence commence dès les stades précoces, même si elle ne se manifeste pas tout de suite de façon clinique (Nature Reviews Neurology, 2016).


Quels sont les signes cliniques d’installation de la neurodégénérescence ?

Sophie, infirmière : « Dans notre pratique, on observe que la fatigue, les troubles cognitifs, ou la lente aggravation de certains symptômes moteurs sont souvent les premiers témoignages tangibles d’une atteinte neurodégénérative. »

  • Diminution progressive de la mobilité (ralentissement pour marcher, besoin accru d’aides techniques)
  • Fatigue devenue chronique, persistante, qui ne s’améliore pas, même lors des périodes sans poussée
  • Apparition ou aggravation de troubles cognitifs (mémoire, attention, organisation)
  • Difficultés urinaires ou intestinales qui s’installent ou s’accentuent

Tous ces signes ne sont pas spécifiques à la SEP, mais leur apparition, surtout en dehors des phases de poussée, suggère une progression plus insidieuse de la maladie, indépendante de l’inflammation aiguë.


Ce que montrent les examens médicaux : IRM et biomarqueurs

Quand la neurodégénérescence s’installe, les médecins s’appuient sur différents outils pour mieux en comprendre le rythme et l’intensité.

  • IRM cérébrale : On observe souvent une atrophie cérébrale modérée mais progressive, parfois dès les premières années après le diagnostic. D’après plusieurs études, la perte de volume cérébral chez les personnes avec une SEP peut atteindre en moyenne 0,5 à 1 % par an, soit deux à trois fois plus que ce que l’on constate lors du vieillissement classique (Lancet Neurology, 2015).
  • Lésions de la substance grise : Dominantes à mesure que la maladie avance, visibles sur les IRM de dernière génération.
  • Dosage de biomarqueurs dans le liquide céphalo-rachidien (LCR) : Certaines protéines (neurofilaments) deviennent détectables lors de la dégénérescence axonale, signe d’une atteinte progressive des fibres nerveuses.
Type d'évolution Fréquence dans la SEP Signe TM majeur à l’IRM
Atteinte inflammatoire Presque tous les patients (au début) Lésions rehaussées au gadolinium
Neurodégénérescence précoce 40-60 % dès 10 ans de maladie Atrophie, perte de volume cortical
Progression dite « silencieuse » Environ 50 % des patients à 15 ans Lésions de la substance grise

Pourquoi la neurodégénérescence n’évolue-t-elle pas de la même façon chez tous les patients ?

Julien, patient expert : « Dans les rencontres avec d’autres patients, ce qui frappe, c’est la variété des parcours. Certains traversent des années sans grand changement, d’autres ressentent une vraie fatigue et une lente perte d’équilibre assez tôt. »

Cette variabilité s’explique par plusieurs facteurs :

  • Âge du début de la maladie (plus la SEP débute tôt, meilleure est en général la récupération initiale, mais le risque neurodégénératif reste présent avec les années)
  • Type de SEP (forme rémittente, secondairement progressive, primaire progressive... Chaque évolution a sa dynamique)
  • Facteurs génétiques et environnementaux (tabac, niveau d’activité physique, présence d’autres maladies, etc.)
  • Charge lésionnelle initiale (plus il y a de lésions visibles sur la première IRM, plus le risque de progression s’accroît)

Les études montrent ainsi que moins d’un patient sur deux présente une évolution rapidement « progressive » après dix ans de maladie ; pourtant, tous sont exposés, à leur rythme, au processus de neurodégénérescence sous-jacent (Merck Group – Épidémiologie SEP).


Ce que l’on sait maintenant des causes profondes de la neurodégénérescence dans la SEP

La recherche éclaire peu à peu ce qui, au-delà de l’inflammation, aggrave la perte neuronale :

  • L’épuisement des mécanismes de réparation (remyélinisation limitée dans le temps)
  • L’accumulation de déchets cellulaires, difficiles à éliminer dans le cerveau, qui accélèrent la mort des neurones
  • Le vieillissement neurologique prématuré, avec une accélération par rapport au vieillissement « naturel »
  • Un stress oxydatif accru, ce qui crée de petites lésions dans les membranes des cellules nerveuses

L’environnement joue aussi un rôle. Par exemple, l’arrêt du tabac ou un maintien de l’activité physique (adaptée) semblent retarder la survenue des signes de neurodégénérescence (JAMA Neurology, 2013).


Des pistes thérapeutiques orientées « neuroprotection » : où en est la recherche ?

Le grand enjeu reste de freiner, voire de stopper, ce processus de neurodégénérescence. Aujourd’hui, la recherche avance sur plusieurs axes :

  • Traitements de fond immunomodulateurs : ils ralentissent la progression mais n’agissent pas toujours sur la neurodégénérescence pure. Certains nouveaux médicaments, comme la siponimod ou l’ocrelizumab, montrent une action partielle sur cette phase (NEJM, 2019).
  • Stratégies de neuroprotection directe : de plus en plus d’équipes étudient des molécules censées protéger les neurones, au-delà de la seule lutte contre l’inflammation.
  • Stimulation de la remyélinisation : la piste la plus innovante, sujet d’essais cliniques en cours (medRxiv, 2023).

Aucune solution miracle n’a encore été trouvée, mais le regard des chercheurs et des cliniciens a profondément changé : l’enjeu aujourd’hui n’est pas seulement de stopper les poussées, mais d’aider le cerveau à préserver, sur la durée, ses capacités d’adaptation et de connexion.


Stratégies non médicamenteuses au quotidien : chaque geste compte

Sophie, infirmière : « Face à la neurodégénérescence, tout ce qui soutient la vitalité du cerveau et du corps compte. Les patients sont souvent étonnés de voir à quel point l’activité physique adaptée, le maintien d’un lien social, ou la stimulation cognitive régulière font la différence au fil du temps. »

  • Activité physique adaptée : Les recommandations récentes préconisent au moins 150 minutes d'activité modérée par semaine – à adapter selon les capacités – pour ralentir la diminution des capacités motrices et cognitives.
  • Stimulation intellectuelle et sociale : lectures, jeux, conversations, aide professionnelle si besoin.
  • Nutrition équilibrée : privilégier fruits, légumes frais, poissons gras (source d’omégas 3).
  • Soutien psychologique : accompagner la dimension émotionnelle, pour préserver l’estime de soi.

Julien, patient expert : « La SEP oblige à trouver l’équilibre entre se dépasser et s’écouter. L’expérience montre que, même quand la maladie avance, de petits changements quotidiens font une vraie différence : mieux dormir, oser demander de l’aide, saisir les petits moments de joie. »


Vers une nouvelle compréhension de la SEP : accompagner sans renoncer

Les connaissances sur la neurodégénérescence dans la SEP ont progressé de façon spectaculaire ces dix dernières années. Cette dynamique offre de vraies raisons d’espérer : à la fois parce que les perspectives thérapeutiques s’élargissent, et parce que l’on comprend mieux comment agir, au quotidien, pour ralentir l’évolution et préserver la qualité de vie.

La SEP n’est plus seulement une succession de poussées : c’est une histoire faite de résilience, d’adaptation et, parfois, de surprises positives. Prendre le temps de comprendre les mécanismes en jeu, c’est redevenir acteur du parcours – pas à pas, et toujours dans une recherche d’équilibre.

Pour aller plus loin :


En savoir plus à ce sujet :