Rééduquer le mouvement pour mieux vivre avec la sclérose en plaques
Informer, comprendre, avancer
Une rééducation adaptée à chaque forme de sclérose en plaques
La kinésithérapie neurologique occupe une place importante dans la prise en charge de la sclérose en plaques (SEP). Elle ne peut pas modifier l’évolution de la maladie, mais elle aide à préserver les capacités motrices, réduire certaines limitations et maintenir l’autonomie au quotidien. La rééducation est proposée quel que soit le stade de la maladie, en fonction des symptômes, des objectifs et du mode de vie de la personne.
La SEP peut notamment entraîner une faiblesse musculaire, une spasticité, des troubles de l’équilibre, une fatigue importante, des difficultés à marcher ou une moins bonne coordination. Ces manifestations varient d’une personne à l’autre et peuvent également fluctuer au cours de la journée. C’est pourquoi le programme doit être individualisé et régulièrement réévalué.
Les principaux objectifs de la kinésithérapie
Le bilan initial permet au kinésithérapeute d’identifier les difficultés fonctionnelles et les ressources disponibles. La rééducation peut alors poursuivre plusieurs objectifs :
entretenir la force musculaire et limiter le désentraînement ;
améliorer l’équilibre, les transferts et la coordination ;
sécuriser la marche et réduire le risque de chute ;
préserver les amplitudes articulaires et lutter contre les rétractions ;
mieux gérer la spasticité, les raideurs et certaines douleurs ;
apprendre à économiser son énergie dans les activités quotidiennes ;
maintenir l’autonomie, par exemple pour se lever, monter des escaliers ou utiliser une aide technique.
La prise en charge peut aussi accompagner un projet précis : reprendre une activité physique, préparer un retour à domicile après une hospitalisation ou adapter les déplacements professionnels et familiaux.
Comment se déroule le bilan kinésithérapique ?
Le premier rendez-vous commence généralement par un échange sur les symptômes, leur ancienneté, leur variabilité et leurs conséquences concrètes. Le professionnel s’intéresse également aux traitements, aux antécédents de chute, à la fatigue, aux activités pratiquées et aux attentes de la personne.
Des évaluations peuvent porter sur la marche, la vitesse de déplacement, l’équilibre statique et dynamique, la force, les amplitudes articulaires, le tonus musculaire et l’endurance. Le kinésithérapeute observe aussi les gestes fonctionnels : passage assis-debout, demi-tour, franchissement d’obstacles ou montée d’une marche. Des outils standardisés peuvent être utilisés dans les services spécialisés afin de suivre l’évolution dans le temps.
Ce bilan ne sert pas uniquement à établir un constat. Il permet de définir des objectifs réalistes, mesurables et utiles dans la vie quotidienne, puis de choisir l’intensité et la fréquence des séances.
Les techniques et exercices proposés
Le contenu des séances dépend des symptômes et de la tolérance à l’effort. Il peut inclure :
des exercices de renforcement progressif, avec le poids du corps, des élastiques ou des charges légères ;
un travail de l’équilibre et des réactions posturales ;
des exercices de marche, de coordination et de double tâche ;
des mobilisations et des étirements en cas de raideur ou de spasticité ;
un entraînement à l’utilisation d’une canne, d’un déambulateur ou d’une orthèse ;
du travail d’endurance, sur vélo, tapis de marche ou autre équipement adapté.
La fatigue liée à la SEP nécessite une progression prudente. L’objectif n’est pas de « forcer » jusqu’à l’épuisement, mais d’alterner les périodes d’activité et de récupération. Le programme à domicile doit rester simple et compatible avec les capacités du jour. Le kinésithérapeute peut également expliquer comment organiser une activité, fractionner un effort et repérer les signes de surmenage.
Fatigue, chaleur et sécurité pendant les séances
La fatigue est l’un des symptômes les plus fréquents et les plus invalidants de la SEP. Elle peut être aggravée par le manque de sommeil, une infection, le stress ou un effort trop intense. Certaines personnes présentent aussi une sensibilité à la chaleur, appelée phénomène d’Uhthoff : une élévation de la température corporelle peut accentuer temporairement les troubles neurologiques, sans nécessairement traduire une nouvelle poussée.
La séance est donc adaptée à l’état du jour : horaires plus favorables, pauses, hydratation, salle tempérée et exercices fractionnés. Une aggravation inhabituelle, une douleur nouvelle, des vertiges ou une fatigue persistante doivent être signalés au professionnel et, si nécessaire, au neurologue. La kinésithérapie s’intègre dans le parcours coordonné avec le médecin, l’ergothérapeute, l’infirmier, l’orthophoniste ou d’autres intervenants.
Quelle fréquence et quels résultats attendre ?
La fréquence des séances dépend de la phase de la maladie et des objectifs. Elle peut être renforcée après une poussée, une hospitalisation ou une perte fonctionnelle, puis espacée lorsque la personne a acquis des stratégies d’autonomie. Il n’existe pas de durée universelle : la prescription et le projet sont réévalués selon les progrès, les difficultés persistantes et la tolérance à l’effort.
Les bénéfices recherchés sont souvent fonctionnels plutôt que spectaculaires : marcher plus sûrement, se relever avec moins d’aide, récupérer après un effort ou éviter une perte de mobilité. La régularité, l’activité physique adaptée et la réalisation d’exercices conseillés entre les séances contribuent à entretenir les acquis. La rééducation ne remplace pas le traitement de fond de la SEP, mais elle complète la prise en charge médicale et peut améliorer la qualité de vie.
FAQ : kinésithérapie et sclérose en plaques
La kinésithérapie est-elle utile même sans fauteuil roulant ?
Oui. Elle peut être proposée dès les premières difficultés : fatigue à la marche, troubles de l’équilibre, faiblesse, raideur ou baisse d’endurance. Une prise en charge précoce aide à apprendre des stratégies et à prévenir le désentraînement.
Peut-on faire du renforcement musculaire avec une SEP ?
Oui, si l’exercice est adapté. Le renforcement progressif est généralement intégré au programme, avec une intensité modulée selon la fatigue, la force et les symptômes. Il doit être encadré lorsque les troubles de l’équilibre ou la spasticité sont importants.
La kinésithérapie peut-elle faire disparaître les poussées ?
Non. Une poussée relève d’une évaluation médicale et d’un traitement décidé par le neurologue. La kinésithérapie intervient pour préserver ou récupérer les fonctions et accompagner la reprise des activités.
Quand consulter un kinésithérapeute spécialisé ?
Il est pertinent de demander un bilan lorsque la marche devient moins sûre, que les chutes se répètent, que la fatigue limite les activités ou qu’une aide technique est envisagée. Le parcours de soins peut être organisé avec le neurologue et l’équipe spécialisée, notamment en s’appuyant sur les recommandations de la Haute Autorité de santé.